jeudi 27 mars 2008

What says the reed...

Julian Schnabel est, à mon avis, quelqu'un d'assez inintéressant; ce n'est pas un prix à Cannes qui me fera penser le contraire, le palmarès suscite depuis quelque temps pas mal de perplexité chez moi. Mais tout de même, quand il réalise un film autour d'un concert de Lou Reed, je ne peux évidemment m'empêcher d'aller voir.

On connaît l'histoire: l'album Berlin est, en 1973, un échec commercial, il n'a donc jamais été joué intégralement sur scène, avant quelques concerts en 2007. C'est l'un d'eux que Schnabel filme, en 35mm à joli grain. Quatre ou cinq opérateurs se baladent simultanément autour de Lou et de sa bande de musiciens, tous talentueux. On ne comprend pas toujours les effets: ces affreux films avec l'affreuse Emmanuelle Seigner, sont-ils diffusés pendant le concert, ou bien entrecalés par Schnabel au montage? Les deux, visiblement: une projection sur les musiciens et le décor bizarre japonisant, qui donne le sentiment d'une apposition en surimpression, et quelques moments où le film est montré directement, histoire d'être plus explicite. En tout cas, c'est très superflu, l'album est suffisamment clair comme ça pour qu'on puisse nous épargner une mauvaise actrice sanglotant parce qu'on lui a pris ses enfants. Lou Reed est suffisamment doué pour faire passer un peu d'émotion dans sa voix, merci pour lui.

Parce que, oui, il a toujours du talent. J'aime d'ailleurs beaucoup ce qu'il a fait après le Velvet Underground, notamment "Ecstasy" que je vous conseille vivement d'aller écouter. Et là, il montre en plus un vrai bonheur à jouer, et un talent de narrateur, si essentiel quand il s'agit de jouer un album entier aussi narratif, c'est-à-dire avec une vraie logique d'album.

Cependant, les choeurs sont peu convaincants, avec leur touche de gros spectacle. L'homme n'est jamais aussi prenant que quand il égrène quelques phrases tout seul avec sa guitare. Le reste des musiciens est bon et même sacrément - on sort de la salle de cinéma avec l'impression d'avoir vu un mauvais film et d'avoir raté un concert, sinon génial, du moins assez remarquable pour quelques moments de grâce... mais on est quand même content d'en récupérer des miettes grâce à cette production tout de même assez luxueuse.

vendredi 21 mars 2008

Dis, comment on fait de l'élaiktro?

Viens, je te montre.



C'est une version simplifiée évidemment, mais l'idée est là.

D'après Le Monde (parce que oui, j'ai trouvé ça sur Le Monde), ça fonctionne sur un ostinato, mais ou je me trompe, ou ils n'ont rien compris. Un ostinato, ce serait effectivement une rythmique répétitive comme ici, mais simplement à la basse. Et puis, je pense qu'analyser ce petit morceau en termes contrapuntiques ne serait pas tout à fait pertinent, il n'est pas question d'harmonie ici, si ce n'est l'harmonie des boîtes à rythme. Bref, c'est de l'électro, pas autre chose.

La vidéo a été primée aux youtube awards. Oui, je passe trop de temps sur internet. Je suis une no-lifeuse. Sauvez-moi.

mardi 18 mars 2008

"Can were better than the Stooges"


Pour corroborer cette affirmation, d'une rare pertinence, qui a été faite en commentaire d'un précédent article (merci encore pour avoir, enfin, osé dire la vérité!), j'ai suivi la méthode à Lester Bangs et écrit une critique d'un album de Can, que je n'ai jamais écouté. Pour voir la technique, se référer à l'article Bangs, Bangs, you're dead et au lien qu'il contient...

Ege Bamyasi: This latest offering from Can is important only insofar as it will delineate the contours of the current malaise for future rock historians, if there are any with all the pollution around now. I don't remember how I got here, whose house this is or where this typewriter came from, but anyway this new album is by the greatest fucking rock 'n' roll band in the whole wide world and it has saved my life again just like all the others did, so I don't even care where I am, I don't care if I got rolled last night, I don't care if this place gets busted right now, I don't care if the world comes to an end because the cosmic message of truth and unity which this music is bringing to me has made me feel complete for the first time since 1968.

The first song on side one, Pinch, sets the pace and mood of the album most atmospherically. The first thing you notice is the deep, throbbing bass lines. The full impact of what's going on in this cut may not reach you the first time, but if you keep listening a couple of times a day for a week or two, especially through headphones, it will come to you in a final flash of revelation that you are listening to a masterpiece of rock which so far transcends "rock" as we have known it that most people probably won't recognize its true worth for at least ten years. Cut two is a definite picker-upper by virtue of the fact that it was produced by Phil Spector's cousin from Jersey. In spite of that, I feel that the true significance of its rather dense and muted lyrics can only be apprehended by taking a course in German.

This record has inspired such a powerful thirst in me that I can't bring myself to describe the rest of the cuts. Track by track reviews are a bore anyway, and the album only costs $4.97 at the right stores, so go down and get it and find out for yourself whether you'll like it or not. Who am I, who is any critic or any other sentient being on the face of the earth, to tell you what a piece of music sounds like? Only your ears can hear it as only your ears can hear it. Am I right or am I wrong? Of course I am. I do know that I will go on listening to this album till I drop dead of cancer. So before I sign my name at the bottom of this page and pick up the check from the cheap kikes that run this rag will never pay me anyway, I would like to leave you with one thought: Rock 'n' roll is dead. Long live rock 'n' roll.

Chloé


Luv it...

Pré is dead


J'ai perdu du temps à parler de la nullité de The Owl Service, et je n'en ai pas pris pour vous vanter le très très bon Dead Meadow qui jouait après eux, au Scala. Il faut dire qu'ils sont tellement underground qu'il n'y a pas moyen de trouver leurs disques à Cambridge (c'est dire).

Je les avais découvert en furetant dans les liens offerts dans la rubrique "Good Shit" du site officiel du Brian Jonestown Massacre (rubrique qui n'existe plus, le site a été refait en moins bien depuis la dernière fois que j'y suis passée); c'est donc déjà une sacrée caution. Ils ont des gueules de hippies à cheveux longs, et on se dit parfois que ça aurait pu être produit dans les années 70. Pourtant, au-delà du psychédélisme, ils sont capable d'un son post-punk, sombre, rappelant la meilleure shoegaze. Et en concert, ils se font plaisir avec des longues pauses instrumentales qui s'étendent en improvisations obsessionnelles. Dans la même veine que les Warlocks ou le Quarter After, ils sortent vraiment du lot par ces lents développements qui vous enveloppent et vous mettent en transe. Point de rétro, mais une musique riche de sens, que vous rateriez vraiment quelque chose si vous ne cliquiez pas sur ce lien.

Dead Meadow

Nouvel album en mai...

jeudi 13 mars 2008

Bangs, Bangs, you're dead!


Lester Bangs, témoin de Jéhova dans sa jeunesse et qui est ensuite devenu le plus mythique (et en plus, l'un des meilleurs) rock critic de tous les temps, est mort il y a trop longtemps pour qu'il y ait la moindre chance qu'il soit mon père biologique.

Tant pis. En tout cas, voilà un texte de lui assez formidablement drôle et formidable tout court.

Lester Bangs - How to be a rock critic

Je sais qu'il y a au moins un de mes lecteurs qui est un fan absolu de (ou au moins, qui connaît) Amon Duul II, tu vois, t'es pas tout seul! (et puis moi aussi j'aime bien.)

dimanche 9 mars 2008

Al hamdou lillah


Exilée dans un pays où les seuls cafés qu'on peut trouver sont soit des Starbucks, soit des Costa, soit des Nero, généralement situés au premier étage d'une librairie qui est soit un WHSmith, soit un Borders, soit un Waterstones... Je me rappelle qu'au Caire, près de la rue Tala'at arb, il y a un petit café à la gloire d'Oum Kalthoum, sommet de kitsch égyptien avec, à l'extérieur, un gigantestque buste de la dame, réaliste jusqu'au chignon; et à l'intérieur, les murs sont tapissés de photos, de pochettes d'albums, tandis qu'évidemment sa musique passe en boucle. En plus, c'est un endroit où on peut aller boire un karkadeh l'après-midi pendant le ramadan sans se faire regarder de travers par les clients, même quand on est une femme en cheveux (comme Oum Kalthoum! Yallah!) puisque c'est visiblement un repaire de libéraux hédonistes. Et les prix sont moindres qu'au Fichaoui (où plane cette fois le fantôme de l'écrivain Nagib Mahfouz), qui devient quant à lui un repaire à touristes...

Cairote un jour, cairote toujours, ya sadiqi!

free music

Des nouvelles de l'Eurovision!

Je lis dans la presse anglaise que la France s'apprête à envoyer un "vrai artiste" à l'Eurovision. Qui donc? Sébastien Tellier. Mouais, ce garçon m'agace profondément, avec sa "Sexualité" plutôt... molle.

Pourtant, je ne vais pas cracher par principe sur l'Eurovision, qui a quand même couronné France Gall. Oui, j'aime France Gall, et j'assume. Pas tout évidemment, mais je la trouve assez perturbante et perverse, derrière et à cause de ses airs de sainte nitouche.

J'ai même dégoté une version japonaise de "Poupée de cire, poupée de son", le son est un peu pourri mais c'est réjouissant.



Et puis les collaborations avec Gainsbourg, c'est assez génial; elle s'y prête tellement bien avec sa face d'ange blond. "Les Sucettes", chef-d'oeuvre érotique!

mardi 4 mars 2008

Jésus revient

Encore au Scala, un excellent concert de Dead Meadow (assez génial, même). Mais en première partie, une espèce de truc assez déroutant, the Owl Service, quelque part entre la chorale du couvent des Oiseaux et des post-hippies (ou post-yuppies) bien pensants.

Ils se complaisent dans des thèmes médiévaux (ah, l'Angleterre avant la révolution industrielle!) et des mélodies prétendument folk qui sont d'autant plus énervantes que l'une des deux chanteuses (celle qui se tient debout au milieu et fait du tambourin) à certes un joli filet de voix, mais ne tombe pas toujours très juste.

Les quatre musiciens ont tous un air mystique, prêts à mettre toute leur âme et toute leur foi (le religieux, n'est-ce pas l'anti-conformisme d'aujourd'hui?) dans leurs chansons. Du coup, ça m'a fait penser à "Jésus revient"; sauf que là ça ne se veut pas drôle mais arty, que leur sincérité est d'un type assez obscur pour moi, et qu'en plus, ça swingue moins, il faut le dire.

Ce qui m'étonne, c'est que le public avait l'air de trouver ça sympa, joli, agréable. C'est moi qui ai un problème?

The Owl Service

En tout cas, rien à voir avec Dead Meadow dont j'espère avoir le temps de parler prochainement.