mardi 29 janvier 2008

Taxi à Londres



S'il fallait une preuve encore que la radio publique anglaise est vraiment formidable par rapport à Radio France, voici les Black Cab Sessions de la BBC 1. Le concept est simple: dans un taxi (noir, donc), faire monter un bon petit groupe, les faire chanter une chanson le temps d'une petite balade dans Londres, et filmer le tout en une seule prise. Et le programme est aussi varié qu'alléchant: Emmy the Great, the Kooks, the National, les Raveonettes, Seasick Steve... Nous en sommes au chapitre 28, et la suite est attendue fiévreusement par tout Anglais un peu mélomane.

Evidemment, la qualité filmique, caméra à l'épaule et esprit documentaire, n'a pas de quoi ravir les yeux. Mais les paysages urbains qui défilent pendant que nos oreilles se délectent, c'est non seulement synesthésique mais aussi très harmonique. Car cette ville que j'ai tant de mal à aimer est pourtant bien le berceau de la meilleure musique contemporaine, et si les genres représentés ici sont bien différents, tous se prêtent à ce jeu d'écho avec la mégalopole et son underground à fleur de pavé. London calling!

Black Cab Sessions

Pour ceux qui n'ont pas le plugin adéquat (quicktime), vous pouvez regarder les vidéos, en qualité moindre évidemment, sur YouTube.

lundi 28 janvier 2008

In the Old Library

Des amis de Cambridge, qui ont formé un petit groupe autour de Simon Calder, singer-songwriter et leader incontesté, se produisaient hier dans le cadre de la Pembroke Music Society -- un concert feutré dans la "vieille bibliothèque" (presque sans livres) du collège, d'où vous contemplent de leurs portraits les anciens headteachers. Oui, pour ceux qui ne seraient pas au courant, le château d'Harry Potter existe en vrai, il est à Cambridge (en plusieurs exemplaires).

A priori, pas l'endroit ni l'ambiance rêvée pour de l'indie/folk/rock. Le public est restreint et les applaudissements polis, les plafonds sont moulés et les boiseries cirées. Mais ne soyons pas sectaires. On doit bien reconnaître à Simon un certain talent, une belle voix et une belle énergie. Les chansons sont jolies, et, comme le décor, du genre qui ne fait surtout pas de vagues. Les textes, poétiques juste ce qu'il faut (banalement poétiques), se permettent quelques envolées soutenues par un beau violon. Le principal défaut de l'ensemble est un manque de variété et peut-être aussi d'originalité. Mais cela demeure suffisamment bon pour trouver ces débuts au moins encourageants!

The New Theresas

samedi 26 janvier 2008

J'adore quand tu m'allumes

Je ne vais pas me battre avec les imbéciles soi-disant "puristes" qui vous disent "On ne reprend pas les Doors. Qui tu veux, mais pas les Doors". Oui, les Doors, c'est absolument génial et indépassable, ça ne veux pas dire qu'on ne peut pas faire des choses différentes bien que déférentes à partir de leurs chansons. A condition de se rappeler qu'une bonne reprise n'est pas une activité de tribute band (comme les Rabeats, des groupes qui essayent de vous faire croire que les Beatles sont encore vivants, la preuve, ils ressemblent presque aux vrais), mais demande une créativité supérieure à la composition d'une chanson originale. Trahir, oui, par amour.

Tout le monde connaît le "Light my fire" des Doors, et y reconnaît le génie psychédélique de Morrison. Parmi les innombrables versions qui en existent, je vous en propose une -- j'avais très envie de parler aussi de celle de Julien Doré (oui, le Julien de la Nouvelle Star, non, je ne suis pas une minette, ou si peu), à qui l'on est bien obligé de reconnaître un certain talent... Mais il est tellement meilleur dans les chansons de filles que je vous garde son apologie pour une autre fois.

C'est donc celle de Julie London. Si vous ne connaissez pas Julie London, précipitez-vous pour voir ce film génialissime dans lequel elle apparaît (et chante "Cry me a river", j'en pleure encore), The girl can't help it (traduit pathétiquement en Français La blonde et moi). Qu'on ne se méprenne pas, ce n'est pas une bête comédie musicale à happy ending, ça vous donne bien envie de danser mais sans le côté cucul la pralouze de My fair lady. Le premier film musical rock, faisant appraître les pionniers du binaire (Gene Vincent, Eddie Cochran, The Platters....): un must-seen, j'espère que je me suis bien fait comprendre. En tout cas, si la version de Julie tend plutôt vers le jazz (jolie clarinette), on ne peut pas dire qu'elle soit plus jazzy que celle des Doors, dont le rock est aussi fondé, dans une certaine mesure, sur un chromatisme exacerbé. Ce qu'elle a d'original, donc, c'est, je crois, son extrême érotisation. Julie London a une voix superbe, mais elle ne s'en sert pas comme d'un appât: elle en fait l'expression de sa douleur de femme fatale, forcément malheureuse, pathétique, alcoolique, seule, et belle. Ce n'est plus la passion ravageuse qui est chantée ici, juste cette lassitude qui vous fait allumer une clope. Faussement dansant, vraiment tragique.



Et retenez la maxime du jour: reprendre, c'est trahir par amour. Moi, je trouve ça très beau, vraiment.

lundi 21 janvier 2008

Angelheaded hipsters


Vivant, comme tout bon chercheur, quelques années en arrière, je croyais qu'un hipster c'était encore, comme chez Kerouac, Ginsberg, comme chez Warhol ou Friedkin, un prostitué de préférence jeune et beau. D'ailleurs, je vous mets l'affiche de Flesh, ce film de Warhol, pour le plaisir esthétique, car le corps de Joe Dallessandro, grrr.

Mais un hipster aujourd'hui, c'est un style de vie, un mode de pensée, une secte. C'est un trentenaire qui soigne son look pour avoir toujours l'air un peu sale (ça lui fait passer des heures dans la salle de bain), qui vit de préférence à New York, s'en fout de tout, a des jeans moulants et des chemises fluos, fume et mâche des chewing-gum.

Cette vidéo est éclairante.



Or donc, je vais écouter cinq petits groupes dans un pub de Camden, samedi soir. L'un d'eux, the Munroes, est une bande de hipsters caricaturaux. Ils ont un côté glam (tu vois), genre cheveux longs sales (tu vois), et en fait c'est trop la négation de Bowie et T Rex (genre), parce qu'en fait, ils en ont trop rien à foutre (tu vois). Disons que quand on ferme les yeux ils sont à peu près écoutables, surtout les morceaux un peu pop. Sinon ils ont un peu une tendance au gros son (c'est genre sombre, tu vois) et aux paroles ineptes.

The Munroes

Le reste de la soirée était plutôt sympa. JD Smith est un anglais qui fait du rockabilly, ce qui est assez original en soi. Sa musique par contre est tout sauf originale (on a vraiment l'impression d'être au fin fond du Tenessee à écouter un de ses cousins d'il y a cinquante ans), mais très bonne, quand on aime la country! Surtout dans l'ambiance de petit pub avec des piliers de bar qui essaient de vous faire la conversation et des serveuses qui se font gentiment draguer par tous les clients.

JD Smith

The early swerve est d'un tout autre genre, un peu gypsy, un peu folk, un peu répétitif aussi, mais là encore très dansant et très agréable à écouter. Le chanteur se débrouille vraiment bien, soutenu par des choristes à tambourin et par un bon batteur.

The early swerve

Attack switch attack est par contre un peu relou, malgré le charisme indéniable du chanteur. Ce n'est pas en s'énervant sur une batterie qu'on obtient de la puissance. Ils ont un bon potentiel, mais il faudrait qu'ils arrêtent de se contenter de poser et qu'ils réfléchissent un peu plus à leur musique.

Attack switch attack

Je n'ai vu que le début de Somebody's Mind, vie de banlieusarde oblige (le dernier traiiiiiin!)

Somebody's Mind

lundi 14 janvier 2008

L'année 1967


En avril 1968, quelques temps avant le mois d'après (notez la logique poétique qui m'anime aujourd'hui), un éditorialiste écrivait, dans le Monde: "La France s'ennuie". Oui, la jeunesse gaullienne finissait par s'emmerder, et par avoir envie de lancer des pavés.

Jeune homme bien né, reçu à l'Ecole Centrale, Antoine devait bien s'ennuyer, lui aussi, et la perspective d'une carrière lisse d'ingénieur-fils-à-papa n'était pas pour le réjouir. Alors, en cette année 1967, fraîchement diplômé, il se lance dans la chanson. La France d'alors est hystérisée par les Beatles, auxquels il fallait bien songer à trouver un contre-poids cocorico. On pourra toujour se gausser, aujourd'hui, des "Oh yé!" d'Antoine, et le moquer d'avoir été la caution djeuns d'une année morne. Le yéyé, une bête tentative d'exporter le rock'n'roll, et juste une musique à faire se dandiner les petites bourgeoises déniaisées dans les surboums sans alcools?

Réécoutant les Élucubrations, je les trouve d'une poésie et d'une justesse d'actualité. La pilule dans les Monoprix et Johnny Hallyday en cage? Ça me parle. J'aimerais entendre ça dans la chanson française contemporaine, au lieu des susurations niaises de la pute du président.

Petit morceau que j'aime beaucoup:
"Le juge a dit à Jules vous avez tué
Oui j'ai tué ma femme, pourtant je l'aimais,
Le juge a dit à Jules vous aurez vingt ans,
Jules a dit quand on aime on a toujours vingt ans."



Antoine est depuis parti tout seul sur son bateau, et revient de temps en temps faire une pub pour une chaîne d'opticiens quand il a besoin d'un peu de tune pour continuer à naviguer. Après tout, pourquoi pas. Bon vent!

antoine.tv

jeudi 10 janvier 2008

Kill Kill Kill

Nous attendions depuis longtempts des nouvelles des Kills; ils viennent de sortir un nouveau single, "U.R.A. Fever", en attendant leur troisième album en mars.

On y retrouve ce qui fait leur univers: un ryhtme très marqué, très angoissé, des voix rauques, un goût pour la répétition à l'infini des mêmes motifs; une tension adolescente, des corps anorexiques, du rock à l'état pur. Pourtant, quelque chose me dérange en écoutant ce nouveau titre. Si leur premier album pouvait paraître à certains trop épuré, le deuxième avait trouvé un équilibre, une maturité; ici, la musique est au contraire gâchée par des petites fioritures, un scratch électro, un jeu à deux voix, une vidéo pas très convaincante. Plus grand chose à voir, selon moi, avec l'obstination suicidaire de "Ticket man", qui avait clos leur dernier album. C'est comme si la mise en scène tendait à remplacer la vraie noirceur: l'angoisse devient une pose, comme un ado fringué en gothique.



La chanson n'est cependant pas à jeter, elle éveille simplement des doutes; mais attendons l'album et la tournée.

dimanche 6 janvier 2008

Ode aux pingouins

J'aime les pingouins.

D'abord, il y a les pingouins d'ordinateur. Le logiciel libre, c'est formidable, et si vous n'avez pas encore Linux, il est temps de vous y mettre. J'ai parfois l'impression qu'en ces temps où être de gauche, bah franchement, c'est dur, le freeware constitue une nouvelle utopie sociale, un univers riche de possibilités, pour le meilleur. Les pingouins, et non les éléphants, sauveront le PS.



Il y a aussi les pingouins livres. Le livre de poche, c'est vraiment formidable, ça, aussi. Grâce aux pingouins, la culture s'est beaucoup démocratisée. Et aujourd'hui il y a les pingouins verts à deux pounds, en papier recyclé. Ce sont vraiment des animaux formidables.





Enfin, il y a les pingouins biscuits. "P...P....Pick up a penguin!" Je ne sais pas comment j'aurais survécu à mes longues heures dans la bibliothèque sans les penguin biscuits, pleins de chocolat et avec des blagues stupides sur l'emballage, l'équivalent anglais de nos blagues carambar. Grâce aux pingouins, je n'ai pas eu faim.

Les pingouins vont sauver la gauche, vont sauver la littérature, vont sauver de l'hypoglycémie.

Et les pingouins, pourtant, sont des victimes de la cruauté des hommes. En témoigne cette chanson qui a représenté la France à l'Eurovision en 1980. C'est sur eux. C'est de la musique de patinoire. C'est triste, même pas drôle.



Au nom de tous, je voudrais demander pardon à nos amis les pingouins pour cette infamie.

jeudi 3 janvier 2008

Where the fuck is my mind?

J'avais deux amis qui pendant plusieurs années, à chaque fois qu'ils se voyaient, avaient la même conversation exactement: entre le "Where is my mind" des Pixies, et la reprise de Placebo, quel est le mieux? L'un soutenait que dans la version de Placebo il y avait un "where is my mind" de plus et que ça changeait tout; l'autre, que les Pixies avaient plus de maturité et que la douceur de la chanson rendait la douleur beaucoup plus intense, tandis que les cris de Brian Molko étaient beaucoup trop adolescents pour toucher au fond de la chose. Puis on a grandit, et on s'est cachés d'écouter encore du Placebo dans nos moments régressifs... Le rock, c'est pourtant essentiellement adolescent, comme Baudelaire.

En tout cas ils vont pouvoir s'interroger sur cette troisième version de la chanson, par Emmy the Great. Une très belle voix, elle renvoie aux plus belles heures de la chanson française à texte, sauf que c'est en anglais. La reprise vaut le détour (en écoute sur myspace).

Emmy the Great

Et les deux versions par les Pixies et par Placebo: