samedi 31 mai 2008

Tortue Violette

Pour cause de mémoire à finir (toujours pas fini), de déclaration d'impôt à faire (toujours pas faite), de pluie (toujours toujours) et d'un sentiment de profonde lassitude à l'idée de devoir une fois encore courir après le dernier train, celui qui met une heure et demi, à passer toute seule sans chauffage, je ne suis pas allée écouter les excellents Ten City Nation l'autre soir. J'ai en plus sans doute laisser passer ma dernière opportunité d'essayer ce bar mythique de Camden qu'est The Purple Turtle.

Mais leur album m'a tellement réjouie qu'ils méritent un post quand même. On est face à du vrai rock, sombre et dense, à mille lieux des explorations dandyesques et par ailleurs magnifiques des Libertines et de leurs multiples avatars. Ten City Nation sont là pour nous rappeler que cette musique est adolescente et violente, et ils le font bien, dans la lignée des géniaux Sons and Daughters dont j'avais déjà parlé ici. La voix, haineuse à souhait, rappelle le dernier album de Black Rebel Motorcyle Culb, autour d'influences qui vont de Queens of the Sone Age à Nirvana. Mais ils sont suffisamment talentueux pour ne pas sentir la resucée du rock d'antan: l'oeuvre au noir poursuit la même recherche, mais avec une obstination suicidaire qui en renouvelle la valeur.

Et, ce qui est encore plus sympathique, leur album est disponible en téléchargement gratuit et légal sur leur site.

Ten City Nation

Bonne écoute.

jeudi 29 mai 2008

C'est bien parce que c'est toi


Oh, une belle page myspace toute neuve! Et un bel EP de promo pour le futur plus grand jazzman de tous les temps!

Le sublime, formidable et dément Hillel Schlegel, également connu dans le milieu de la "nuit parisienne" sous le nom de MC Jack, est un pianiste d'exception qui s'apprête à révolutionner le monde du jazz par ses improvisations débridées et subtiles, et sa culture immense qui le rend capable de reprendre n'importe quel morceau du répertoire et de le transformer en expérience post-free.

Ce génie, que dis-je, ce Dieu vivant, last of the white niggers, est écoutable ici:

Hillel Schlegel

Tu m'envoies ton EP? Et un chèque en passant pour me remercier de faire ta promo?

lundi 26 mai 2008

Beat ecstasy

Slim Gaillard:

« He'll sing 'Cement Mixer, Put-ti Put-ti' and suddenly slow down the beat and brood over his bongos with fingertips barely tapping the skin as everybody leans forward breathlessly to hear; you think he'll do this for a minute or so, but he goes right on, for as long as an hour, making an imperceptible little noise with the tips of his fingernails, smaller and smaller all the time till you can't hear it any more and the sounds of trafic come in the open door... » Jack Kerouac, On the Road.


Pourtant, à force de travailler sur ce bouquin, je sens que l'écriture de Kerouac n'est pas une écriture bop, mais une écriture free: du Coltrane et non du Charlie Parker ou du Slim Gaillard. Mais c'est vrai que "Cement Mixer" est un morceau d'anthologie. Orooni orooni.

dimanche 18 mai 2008

Supporting support

The Borderline, pub en sous-sol près de Charring Cross Road, accueillait l'album launch party de Laurel Collective. Je ne m'attarderai pas sur eux, qui ont fait une bonne performance bien dansante, petite machine bien rôdée à faire des tubes gentillets. Je commence à en avoir marre de tous ces branleurs. Je viens d'écouter leur album, je ne sais même pas quoi écrire tellement la banalité mollasse me fatigue. (C'était la râlerie bien peu productive de la semaine).

The Laurel Collective

J'espère que Björk, qui se baladait dans le public, est plutôt venue pour Micachu, qui assurait la première partie. Parce que là, ce petit bout de femme aux airs de garçon manqué sait quoi faire de ses dix doigts. Elle s'amuse avec ses mini-guitares, qui semblent sorties de sa malle à jouets, et en fait sortir des sons complètement inattendus. Sa voix passe du grave à l'aigu de manière tout aussi incompréhensible, et s'énerve dans une rage bien adolescente (mais adolescence bien talentueuse) contre les "worst bastards" du monde. De la pop? du rock? de la vraie de vraie club-music? En tout cas, du bon son pour les hanches et les oreilles.

Micachu

Et un peu avant, les fort sympathiques Naked and the Boys, rock avec contrebasse, joliment rétro, un peu strokesien et bien pensé.

Naked and the Boys

jeudi 15 mai 2008

Performance, parce que c'est bien


C'était annoncé sur le ticket: pas de première partie, et un concert de 3h. Je m'attendais donc à un show intense et à de longs délires instrumentaux, à la manière d'impros jazz infinies.

Finalement, Ween a juste fait un concert rock tout ce qu'il y a de plus normal, mais pendant deux heures et demi. Tout simplement parce qu'ils ont l'air d'être plutôt bien sur scène, et que le public est suffisamment chaud pour les porter tout ce temps, qu'on ne sent pas passer. Entre tango (et une cucaracha pas piquée des hannetons) et prog afro-cubain, bref, du vrai rock, Ween reste fidèle à son image - guère plus, mais c'est déjà pas mal.


Ween

mercredi 7 mai 2008

Weariness

J'avais ouvert ce blog avec le très beau Control, d'Anton Corbjin. On se demande pourquoi, moins d'un an après, certaines personnes ont pu juger pertinent de sortir un nouveau film sur Joy Division. Joy Division - The Documentary se veut visiblement le pendant "objectif" de l'exploration biographique très orientée et très romantique de Corbjin; vidant le sujet de cela même, donc, qui faisait sa richesse esthétique et critique.

Ce qu'on nous sert aujourd'hui n'est rien d'autre qu'un montage vite fait mal fait d'images d'archives retravaillées, d'interviews inintéressants se concentrant sur l'anecdotique (suicide final compris: comment les membres du groupe l'ont-ils appris?????) Bref, c'est digne de la presse de caniveau. Le rock est à la mode, on passe les icônes à l'eau de javel sous prétexte d'informer, et on refuse de s'interroger sur l'art. La musique populaire, traitée avec populisme.



Un seul bon mot, qui m'a plu: le passage du punk à la new wave, c'est le passage de "fuck you" à "I'm fucked".

I'm so fucked, sometimes.

vendredi 2 mai 2008

Manchester - Barcelona 1 -0

Évidemment, le foot, je m'en fous, mais il faut croire que ce soir-là tout Londres avait décidé de rester devant sa télé au lieu de sortir écouter de la bonne musique. Bande de pleutres. Enfin, tant mieux, j'ai pu papoter deux heures avec les groupes qui, donc, n'ont joué que pour moi. Sympa.

Sleeping Dog, c'est une femme, Chantal, qui chante, accompagnée de temps en temps par son copain (qui a un peu le trac). Originaires de Hollande, ils vivent maintenant dans une ferme aux environs de Bruxelles et élèvent des chevaux et des enfants. Ils n'ont pas un rond, et en tournée ils se logent dans des auberges de jeunesse bab tenus par des espèces de soixante-huitards anglais près de St-Pancras. Ils ont laissés la mouflette de un an et quelques à la maison; Chantal est enceinte de huit mois et deux semaines et à un peu peur que son deuxième enfant ne naisse sur scène, mais elle se dit qu'au moins ce sera rock'n'roll. Ses chansons sont tout en simplicité, comme leur univers; mais grâce à la subtilité de ses orchestrations (très prog), elle ne tombe pas dans la fadeur d'une énième chanteuse à texte. Peut-être parce que j'ai eu la chance de pouvoir leur parler, et d'écouter leurs réflexions sur la musique, la composition et la performance, que j'ai été sensible à leur désir de ne pas répéter, ou presque, pour avoir tout à dire au moment où cela importe, leurs chansons m'ont remuée.

Sleeping Dog

Ensuite, Her Name Is Calla, qui termine sa tournée anglaise et qui déprime un peu de n'avoir comme public que le groupe précédent, trois potes, deux barmen et moi (qui vient quand même pour couvrir leur concert, donc qu'ils ne se plaignent pas trop). Demain, ils retournent à leur day jobs. Alors, ils mettent du coeur à l'ouvrage, même si c'est juste pour eux et pour quelques oreilles a priori indulgentes. De longs délires instrumentaux dans lesquels on se perd comme dans des forêts angoissantes, un chant rare mais beau et une batterie très militaire construisent des ballades épiques inclassables, du bruit loquace et profond. Au-delà de l'atmosphère familiale de la soirée, on se retrouve plongé dans leurs labytinthes. Une de mes meilleures découvertes ces derniers temps.

Her Name Is Calla