mardi 30 octobre 2007

"Beyond counter-culture"?


A la boutique de la Tate Britain, j'ai trouvé une petite revue arty et soignée baptisée Nude, au look très pop art et avec une rubrique musique a priori intéressante. Son slogan: "Beyond counter-culture". Qu'y a-t-il au-delà de la contre-culture? Eh bien, le snobisme.

En musique donc, on nous parle, dans ce numéro, de Gogol Bordello ("pour une fois, on peut faire confiance à la tendance"; évidemment, d'habitude, nous autres nous plaçons au-dessus des goûts du peuple), de Sonic Youth, d'Asobi Seksu. Rien que de sympathique, mais rien de vraiment underground non plus. Le tout est plus que joliment présenté: papier glacé et format étudié, impression de qualité, et des articles sur les beaux-arts qui forcément vous suggèrent dans quoi investir... Par exemple ce portrait d'Elizabeth II avec des svastikas à la place des yeux: tellement subversif, n'est-ce pas, et puis, interdit pendant longtemps, ça crée de la valeur ajoutée ça... Parfois la débilité de nos élites me bouleverse. Et la fin de la revue est consacrée au shopping: des bijoux méga-hype (comme ce pistolet-laser en pendentif, un must-have de la saison), des chaussures qui ressemblent à des converses mais rien à voir, il y a écrit Voodoo Boots sous la semelle, c'est quand même une autre classe, et des T-Shirts qui montrent que vous êtes branché de la mort qui tue.

Il y a de quoi déprimer passablement, dénoncer cette ère du vide et espérer un nouveau Céline (non, pas Houellebecq.) La musique que j'aime m'a été piquée par de vilains commerciaux cocaïnés à lunettes griffées! Mais sortons de la Tate, éloignons-nous des bobos insupportables de pédanterie, et promenons-nous dans Londres, où, c'est certain, dans les sous-sols, quelque chose est en train de se passer...

A Paris, Nude est vendue à Beaubourg et chez Colette. Mais je suis sûre que le Palais de Tokyo est sur le coup...

Nudemagazine.co.uk


Poster de Jamie Reid vendu sur le site, et visiblement inspiré d'une pochette d'album des Sex Pistols. Anarchy in the UK? My foot! Au moins, les Sex Pistols, même s'ils étaient un peu nuls, ils ne se prenaient pas au sérieux, eux. Et si dépasser la contre-culture, c'est juste resucer la contre-culture d'il y a trente ans, on n'est pas près d'avancer. Ça marche pas comme ça, la dialectique...

jeudi 25 octobre 2007

Electric Proms (3): PUNK IS NOT DEAD



Nous voici arrivés à ce qui est annoncé comme le clou de la soirée: Siouxsie. Oui, la dame est revenue (revenante, ça lui va si bien). En latex noir à paillettes, comme autrefois, cheveux de jais et oeil charbonneux... Toute une époque.

Je n'ai jamais baigné dans l'univers goth et connais mal la diva; je ne saurais pas dire si, entre temps, elle est devenue plus commerciale ou plus radicale, se renouvelle ou se répète. Mais étonamment, j'ai trouvé un plaisir certain à écouter cette musique qui se veut tribale, lourde et envoûtante, et qui sonne comme de la new wave en kitsch. Oui, ça donne envie de danser nue au clair de lune en hommage à Satan, tout ça... Ah, avoir quinze ans et lire Nietzsche sans comprendre, mais répéter "Dieu est mort" et "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort"; avoir envie de tout détruire et de se détruire et de le dire; fermer les yeux pendant un concert...

Et le public se réveilla, des femmes la quarantaine assumée et les cheveux toujours aussi rouges, des trentenaires en long manteaux de cuir noir, des gamins à la mèche travaillée et aux jeans trop moulants... Ce soir, j'ai compris une chose, l'adolescence est inter-générationnelle.

Electric Proms (2): On est énervés


Suite de la John Peel Night: ils sont énervés, ils sont énervés... Bon, ça va grognasse, on a compris, pas besoin de hurler comme ça!

Agaskodo Teliverek

Allez, soyons gentils, ce n'est pas ce qui se fait de pire dans le genre post punk screamy hongrois mâtiné de rock japonais. Je maintiens que ce serait mieux sans la chanteuse, mais pour s'exciter en festival, ça a son efficacité.

Pour les amateurs de groupes de rock avec chanteuse japonaise, je conseille plutôt Deerhoof. Leur côté rigolo les pénalise un peu, puisqu'il faut quelques écoutes pour se rendre compte qu'au-delà de ça, c'est pas mal.

Deerhoof

Electric Proms (1): Quatre garçons dans le vent


C'est sûr, j'ai une sympathie inexplicable pour les gens dont le nom est Luxembourg et dont le prénom commence par R. Radio Luxembourg n'échappe pas à la règle. Ces quatre là nous ont régalés, à la John Peel Night, de leur pop rock lumineux et gai. Il y a quelque chose des Shins chez eux, l'accent gallois en plus; et leur univers coloré et gentiment régressif vous met tout de suite de bonne humeur. Le chanteur a une jolie voix quand il monte dans les aigus (mais pas de vocalises, c'est plus à la Michael Jackson qu'à la Matthew Bellamy!), charmant avec les autres qui font les choeurs derrière. Une très jolie découverte, et une très jolie pochette pour leur mini-album (le titre est en Gallois, mais pas d'inquiétude, ils chantent en Anglais). La soirée commençait bien.

Radio Luxembourg

Stiff upper-lip

Le public anglais ne danse pas. Il n'agite quasiment jamais les mains. Il ne pogote jamais (il ne sait d'ailleurs pas ce que c'est). Le crowd-surfing et le slamming sont bannis des salles de concert. Quand il est content, le public anglais bat discrètement la mesure avec son pied. Dans les moments d'extase, il bouge la tête aussi. Il applaudit avec enthousiasme (car les Anglais sont très polis). Mais la petite Française qui s'agite se fait forcément repérer (et pas seulement parce qu'après une bière elle chancèle). Désolée, c'est culturel.

C'était la John Peel Night aux BBC Electric Proms, Camden, London.

dimanche 21 octobre 2007

Wagner (yo)

Puisque le rock est devenu le produit musical le plus à la mode qui soit, et le plus commercial (ce qui ne veut pas dire qu'on n'y trouve plus de bonnes choses, mais il y a aussi les Plasticines et ça, ça fait mal quand même), si on veut un peu de subversion, d'humour et d'intelligence, c'est plutôt du côté du hip-hop qu'il faut regarder. Il y a cinquante ans le rock était une musique de jeunes, donc en avance sur son temps (c'est-à-dire sur le temps des classes d'âge dominantes), aujourd'hui les classes d'âge dominantes, celles qui lisent ou écrivent dans Télérama et dans Libération, sont celles qui écoutaient les Sex Pistols et les Beatles à vingt ans et qui continuent à écouter leurs descendants (souvent meilleurs, quand même) aujourd'hui, mais qui du coup font du rock une musique institutionnelle. Certes il y a des jeunes qui écoutent du rock, mais le "revival" qu'on nous vante est dans son ensemble quand même horriblement pubeux et artificiel, avec cette mode des jeans serrés en bas et des chemises chères, plus rien à voir avec les rebelles à la James Dean mes pauvres enfants.

On me dira, la culture hip-hop est elle aussi fondamentalement commerciale. Certes, mais la déification de l'argent présentée dans le rap, par exemple, m'apparaît moins comme une soumission aux valeurs dominantes, que comme leur renversement: on pousse la logique à l'extrême pour montrer son absurdité, dans un procédé rhétorique hyper classique. Je ne suis pas convaincue qu'il faille, comme le fait I am sur son dernier album, taxer tout cela de "rap de droite" (très bonne chanson au demeurant). Ce qui est éventuellement dangereux ce sont les interprétations trop premier degré de certaines chansons (et c'est sûr que les ados qui écoutent ça sont portés sur le premier degré, d'où le risque); mais personnellement une chanson comme "Candy shop" de 50cent me fait beaucoup rire malgré son machisme revendiqué. Ca rappelle un peu "Les sucettes" de Gainsbourg...

Bref, penchons-nous sur cette chanson de McFrontalot:

McFrontalot - Rhyme of the Niebelung

La culture populaire rencontre la culture bourgeoise, se sent exclue, puis la pénètre en dépassant sa dimension sociale, l'adapte à sa propre grille de lecture, et enfin la renvoie à son pédantisme par un brillant essai musical... Bourdieu n'y croirait pas (avec lui, on s'arrêtera à: l'ouvrier ne va pas à l'opéra de toute façon, il n'ose pas), mais bon, chacun sait qu'il a mal compris Kant et que oui, malgré tout, le jugement esthétique est universel et sans concept, même si les riches prétendent qu'il n'aiment pas Johnny Hallyday et que les pauvres prétendent qu'ils n'aiment pas Mozart. Bref, le beau nous fédère, tous les hommes sont frères (check la rime) et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Yo.

samedi 13 octobre 2007

Psychokiller? Qu'est-ce que c'est?


J'ai vu tout à l'heure ce film de Jonathan Demme montrant un concert des Talking Heads, Stop Making Sense. Ce n'est pas à proprement parler un concert filmé, puisque le show a été préparé pour le film et non l'inverse; un vrai travail de cinéma donc, où l'on se permet même de refaire des prises le lendemain, un comble pour rendre une performance! Car la mise en scène de Demme vise bien non un concert en tant qu'événement se produisant entre un groupe et son public à un moment donné, mais la performance chorégraphiée et très préparée de ce groupe. Le public est donc quasiment invisible. Il faut par ailleurs rendre justice au réalisateur pour avoir su rester sobre dans son montage, tout en plans longs qui laissent le temps d'apprécier les effets massifs de sons et de lumières (et d'images diverses et variées) du spectacle. Cependant, on est un peu ennuyé par la trop grande rectitude du produit, le côté trop travaillé, trop préparé; et l'imagerie développée par Talking Heads pêche un peu par excès de kitsch. Bref, la performance prévaut sur la pertinence. Les fans des têtes qui parlent y trouveront leur compte cependant.

Mais il y a un moment tout à fait impressionnant là-dedans: pendant quelques minutes, le son est décalé d'un quart de seconde par rapport à l'image; et quand on voit David Byrne, en costume noir sur fond blanc, faire ses chorégraphies bizarres (le corps bouge dans tous les sens et la tête reste immobile, ce mec est très fort quand même) avec ce petit hiatus temporel, ça fait un effet de cinéma expérimental fort intéressant.

mercredi 10 octobre 2007

Chef-d'oeuvres inconnus



Ce n'est pas seulement parce que j'aime les belles voix rauques...

J'ai fait récemment une découverte extraordinaire: un certain Eric McFadden dont je n'avais jamais entendu parler... J'ai un peu de mal à le définir. D'abord, c'est un dieu de la six-cordes. Ensuite, c'est un crooner. C'est aussi un songwriter. Il a eu de nombreux groupes et exploré divers genres musicaux. Il m'évoque à la fois Django Reinhardt, Hendrix, Nirvana, Dylan et Black Rebel Motorcycle Club... J'ai trouvé sur son site l'expression "flamenco-rock guitar improvisations", ce qui en dit long.

Essayons de clarifier tout ça. Parmi ses albums, nombreux, il ya un disque de duos avec Stan Hirsch, autre génie de la guitare. Le ton est définitivement blues, avec une influence de flamenco. C'est purement intrumental, et simplement virtuose.

Il y a aussi le Eric McFadden trio, la formation avec laquelle il tourne actuellement. Là, c'est clairement plus rock. Quelques intros à la Hendrix, une basse et une batterie très rock pur et dur (voire hard), un son et un deuxième chanteur qui rappellent un peu le BRMC. Et toujours sa guitare à lui, qui vient apporter un son complètement à part, et sa propre voix chaude et inquiétante. Bref, de la haute qualité là aussi, même si c'est de lui ce qui m'a le moins convaicue, car peut-être, dans les moments de pur rock'n'roll (c'est-à-dire là où Eric McFadden n'a pas le premier rôle), on a une impression de déjà-entendu, ou de références trop poussées. Mais ça reste quand même très très bien, attention!

Ce que j'ai préféré dans tout ça, c'est cet album en solo, Let's die together... forever. Un chant presque récitatif, de très beaux textes, et une extrême simplicité malgré la toujours très haute tenue de l'accompagnement. Et cette voix de prédateur, violente et mélancolique...

Tout simplement magnifique (et je ne dis pas ça si souvent).

On peut écouter beaucoup de morceaux sur son site: faites-vous plaisir!

Eric McFadden

dimanche 7 octobre 2007

Vive le téléchargement!


Après Manu Chao, mais mieux que Manu Chao! Le Brian Jonestown Massacre (ou plus grand groupe de tous les temps) met son nouvel album gratuitement en ligne sur son site internet. O tempora o mores, nous voilà entrés dans une nouvelle ère...

C'est un album fondamentalement bordélique, même un peu poseur dans sa bordélicité, mais ce n'est pas pour son côté clean qu'on aime le BJM (pour ça il y a leurs frères ennemis, j'ai nommé les Dandy Warhols, comme tous ceux qui ont vus Dig!, et qui feraient mieux d'aller voir Control, cf. article précédent, le savent). Anton Newcombe s'est exilé en Islande, et continue ses explorations sonores sous l'influence du froid sans soleil, mais ça ne l'empêche pas d'être toujours aussi énervé, il n'y a qu'à voir les titres de ses chansons. Il y a quelques bizzareries aussi, comme ce solo au piano pas très intéressant au-delà de la surprise. Mais ça reste un bon album. Un seul regret, la qualité de l'enregistrement est assez médiocre, est-ce l'effet de la gratuité? Ou bien du son pourri de mon ordinateur (mon seul lien vers la musique dans cette ville la moins rock'n'roll du monde du pays le plus rock'n'roll du monde)?

The Brian Jonestow Massacre - My Bloody Underground

Et pour ceux qui voudraient découvrir le reste de leur production, mais sont un peu perdus dans les treize ou quatorze albums de leur discographie, je vous conseille la très bonne compilation Tepid Peppermint Wonderland: a Retrospective.

En tout cas, ces quelques grands groupes qui se lancent dans l'aventure du téléchargement légal et gratuit (voire aussi l'expérience de Radiohead: l'album est vendu en ligne, mais chacun paie ce qu'il veut) viennent poser les bonnes questions. Le CD a perdu la plupart de ces avantages, puisqu'on peut écouter des mp3 autrement que sur des enceintes dégueulasses (d'ailleurs un jour j'offrirai des jolies oreilles à mon nordinateur), qu'il est devenu facile de télécharger des albums entiers (et non plus chanson par chanson), et que les jolies photos sur la pochette, on les trouve aussi sur Internet. Certes, j'aime beaucoup acheter des Cd, parce que c'est l'occasion de passer une heure à écouter des choses chez mon disquaire préféré et à dicuter le bout de gras, et puis il me fait toujours une petite réduction parce que depuis le temps... (signe que j'y ai quand même claqué beaucoup d'argent). Mais il n'empêche, je suis persuadée que le libre-accès est l'avenir. Les nouveaux groupes l'ont bien compris, puisqu'il est devenu obligatoire pour eux de mettre au moins trois ou quatre chansons en écoute gratuite sur leur page myspace. D'ailleurs ça ne les empêche pas de vendre des albums, il n'y a qu'à voir le destin des Arctic Monkeys, lancés par Internet et dans les sommets des ventes. Aujourd'hui, de toute façon, un groupe espère plus vivre de ses concerts que de ses disques - et les concerts n'ont jamais aussi bien marché, malgré leurs prix exhorbitant. Tout ça, c'est un retour à la performance, comme avant le grammophone... Ce sera dur pour les groupes "de studio" qui n'aiment pas la scène; c'est le seul regret qu'on peut avoir, je crois.

Il y a quelques mois, dans un numéro de Rock and Folk, un patron de maison de disque essayait de défendre son industrie, en disant en substance (je n'ai pas l'article sous les yeux, donc qu'on me pardonne si je dis une connerie): on a besoin des dénicheurs de talent d'Universal pour garantir une production musicale de qualité. Ça ne tient pas, puisque le boulot de ces gens, c'est de trouver ce qui va plaire, alors qu'aujourd'hui ce sont les consommateurs eux-mêmes qui font émerger les bons groupes, par la fréquentation de leurs sites et l'écoute, gratuite, de leurs morceaux. Les mecs, vous êtes morts, ça c'est sûr, mais c'est pas grave, la musique vit sans vous.

Hey, ça me rappelle un peu Le Capital tout ça, le capitalisme qui à force de n'avoir que le profit pour fin, est voué à la crise finale qui le verra disparaître... Ça s'applique très bien à l'industrie du disque non? Alors vive la révolution culturelle, vive la musique gratuite pour tous! Et après, on renversera Sarkozy!

jeudi 4 octobre 2007

The Decemberists


The Junction est une salle de concert assez sympa dans un leisure park assez glauque à la sortie de Cambridge. C'est là que ce sont produits The Decemberists ce 3 octobre, et ce fut ma foi un excellent concert. Ce groupe de Portland est assez méconnu en France, mais ils ont fait la une de la revue The big take over il y a quelques mois, ce qui est outre-Atlantique généralement un signe de renommée et de qualité.

Ils sont cinq, un batteur, une accordéoniste-claviériste, un contrebassiste-bassiste, un guitariste (électrique) et un chanteur-guitariste (accoustique), et ils sont tous aussi un peu acteurs. Parce que ce ne sont pas seulement des musiciens (fort bons d'ailleurs), ce sont aussi des conteurs; ils vous délivrent des histoires à l'heure de la veillée en s'accompagnant de leurs instruments bizarres, renouant avec une tradition millénaire (si,si) du récit accompagné (au pansori, au luth, ou à n'importe quoi, vous avez certainement un chercheur en ethnomusicologie près de chez vous qui vous racontera ça mieux que moi). Celà exige des albums très construits (comme The crane wife), et leur concert le fut aussi, les morceaux s'enchaînant avec logique, mais sans que cela n'apporte aucune froideur. Ils font ça la guiness à la main et on a même beaucoup rigolé (même si les Anglais ne sont pas très expansifs).

Curieusement, la première fois que j'ai écouté une chanson d'eux, j'ai trouvé que le chanteur avait une voix de pop-singer, et j'ai mis un peu de temps à apprécier la limpidité de leur musique; je les trouvais classicisants (impression que je ne saurais argumenter...) Mais ça vaut vraiment le coup.

The Decemberists

Un petit mot aussi sur la première partie, des Canadiens nommés Land of Talk. Du folk rock un peu mélancolique mais qui sait être énergique quand il le faut. Peut-être pas très originaux, mais un concert très agréable.

Land Of Talk


mercredi 3 octobre 2007

He's lost control


Il y a eu peu de bonnes choses en films autour de la musique ces derniers temps (du très moyen Joe Strummer, the future is unwritten au très mauvais Made in Jamaica, et je ne parlerai pas de Dig), et Control d'Anton Corbjin, vient un peu relever le niveau. Mais qu'on ne s'y trompe pas: même si c'est une biographie de Ian Curtis, ce n'est pas à strictement parler un film "musical" (d'où la très longue et lourde paraphrase au début de cet article).

Control ressemble d'abord à une biopic classique (film-musical-à-performance-d'acteur-pour-les-oscars) et même un peu maladroite, retraçant de manière parfois trop démonstrative les grands moments de la vie du leader de Joy Division, découvertes musicales, prises de drogue et premiers textes. Mais ce qui frappe d'emblée dans tout ça, c'est qu'Anton Corbjin ne cherche pas à dégager l'exceptionnalité de son personnage; il se contente de dépeindre une adolescence assez banale - et nous épargne par la même occasion les poncifs de ce qui est censé être "l'esprit rock'n'roll" (excès, excès et excès, et puis le succès et ses drames of course) dans l'imagerie publicitaire actuelle.

Ce qui se dégage progressivement, c'est donc une histoire courante, initéressante même, celle d'un homme pris entre deux femmes et un peu paumé, puis beaucoup, avec la fin que l'on sait. Bref, ça arrive tout le temps près de chez vous. Sauf que Ian Curtis, lui, chante, et que c'est dans ces moments là que s'exprime son drame. Contrairement à la mauvaise habitude américaine, dans les biopics récentes, de faire chanter des acteurs au lieu de les faire doubler par le vrai chanteur dont il est question (voir les films sur Ray Charles et Johnny Cash, ah la performance d'acteur!!), Corbjin a l'intelligence (la décence, tout simplement) de nous faire entendre le vrai de vrai Joy Division, et putain qu'est-ce que c'est beau. Et Sam Riley donne corps à toute la tension exprimée, par ses airs de pantin possédé et magnifique.

Bref, ce que Control vient nous rappler, c'est qu'avant d'être une icône du rock, Ian Curtis est une icône romantique. Et l'on terminera par cette conclusion hautement philosophique: Joy Division c'est quand même plus proche de Brahms que de Coldplay.

PS: Ce qui m'énerve chez Nouvelle Vague, même si ils font de la très bonne musique, c'est qu'ils passent complètement à côté de la dimension werthérienne de la new wave... Le bossa nova, c'est sympa (beau, même), mais ça transforme du drame romantique en easy-listening pour bobo. Ok, j'exagère un peu, et j'aime beaucoup leur reprise de "Guns of Brixton", beaucoup plus de tension que dans l'original - mais ça doit être parce que je n'aime pas The Clash.