jeudi 24 avril 2008

À la mode de Londres

Petit passage en revue des musiciens qui font la une en Angleterre en ce moment, qu'ils soient Britanniques ou Américains. Une impression générale: oui, il y a plein de gens qui font du bon rock en ce moment, mais ils sonnent un peu tous pareil... Heureusement, il y a quand même du plaisir à y prendre.

The Last Shadow Puppets: oui, évidemment, ils sont bourrés de talent, et ça fera des bons tubes dans les boîtes de nuit. Ça ressemble beaucoup à Arctic Monkeys - forcément, puisque c'est l'autre groupe d'Alex Turner - en plus orchestral, et à Bloc Party, en plus teenager; ils font des bons petits singles pleins d'un romantisme pompier plutôt bien utilisé. Bref, complètement inintéressant mais plaisant: autrement dit, vraiment bon, vraiment actuel, et qui ne fera pas de vagues.

Blood Red Shoes: dans la même veine, quoique plus proches de Franz Ferdinand, ils aiment bien les tons un peu dramatiques, et sont dénués, là encore, de toute originalité. On les voit bien, dans une quizaine d'années, dans une rubrique "les oubliés du rock revival des années 2000" à Rock&Folk. Mais, comme on a aimé Franz Ferdinand, on les aimera aussi.

The Black Keys: Cette fois, le mélange d'influences parvient à faire monter un peu la sauce. De l'"indé" (comme je déteste ce mot) un peu sombre, un peu bluesy, finement ouvragé et qui trouve à dire des choses. La construction, sèche et complexe, penche, ne serait-ce qu'un peu, du côté du prog et du psyché, comme un Amon Düul complètement dépressif, avec un crooner torturé. Bonne surprise.

Lizz Wright: cette fois, ce n'est pas du rock; je ne parle pas assez de soul (et de néo-soul) ni de jazz ici, alors pour me rattrapper, je vous présente cette voix de contralto sublime, formée dans les chorales religieuses du Sud américain. Comme Amy Winehouse (avec laquelle elle n'a cependant pas grand chose à voir), elle n'invente rien, marchant dans les pas de Spanky Wilson et Mavis Staple, sans atteindre aux expérimentations sonores d'une Érikah Badu. Mais, comme l'on dirait pour Amy: mon dieu, quelle voix.

mercredi 23 avril 2008

Vienne dépressive

J'ai cru un instant que ce n'était encore qu'une de ses sensations jetables, une petite voix avec un gentil piano (ou une guitare) derrière, doucement rebelle et romantiquement moderne: toutes les Dawn Landes (au demeurant excellente dans son genre) et Doctors and Dealers qui tombent dans ma boîte aux lettres ces temps-ci.

Mais le phénomène autrichien Soap&Skin, bien que rentrant dans la catégorie "jeune fille avec le mascara qui coule", fait montre d'un talent inattendu. Attention, la douceur est ici toujours feinte; et la (très) jeune femme connaît sa prog-électro et sait aussi mixer, jouant avec sa propre image et pleine de faux-semblants.

On attendra l'album avant de crier au génie, mais les premières chansons valent le détour. Il faut, bien sûr, les écouter jusqu'au bout (à l'adresse de ceux qui seront découragés par les premières notes si classiques), leur propos ne prend sens que dans la durée d'une lente déconstruction. Rimbaldien.

Soap&Skin

samedi 19 avril 2008

Laisse le sang pisser, c'est du rock'n'roll


Pour se convaincre que Schnabel est vraiment un tâcheron sans talent, il suffit d'aller voir le film de Scorsese sur les Stones, Shine a Light. Berlin (qu'on a supporté parce que Lou Reed) ne tient tout simplement pas la comparaison.

Évidemment, ils pètent le feu, et rien que ça, c'est impressionnant. Sous les rides, la plage. D'ailleurs, il faudrait arrêter de parler des papys du rock; il n'y a pas à dire, ils ne sont pas encore prêts pour la maison de retraite. J'ai beau m'énerver contre les conservateurs qui pensent que l'histoire de la musique s'est arrêtée à la mort de John Lennon, les Stones sont bons et sont toujours bons, et mieux vaut de la bonne musique d'il y a vingt ou trente ans que les Courteeners.

Ensuite, Scorsese est sacrément en forme aussi, et on a donc non seulement un bon concert mais aussi un bon film. Son montage est une réussite assez rare dans l'exercice du concert filmé, car il n'a pas peur de faire, justement, un film, et sait saisir les expressions fugaces, accompagner les poses d'un zoom fassbindérien, et attrapper au vol le bonheur de la performance. Mais aussi, il dépasse le simple exercice. Les images d'archives qui viennent ponctuellement illustrer la carrière des Stones ne sont pas que des clips humoristiques; elles viennent aussi faire sens, insérées dans ce concert de la maturité, comme des preuves que la jeunesse anarchique, qui aujourd'hui n'est plus qu'un cliché, a pu avoir une signification formelle et se prolonge aujourd'hui dans une expérience scénique intacte. L''enrobage, certes, s'est assagi (les Clinton viennent serrer des louches avant le concert), le spectacle continue de fasciner par son esprit, oui, rock'n'roll.

Seul le public, peut-être, a changé.

Scorsese, presque brechtien dans sa démarche, met en scène sa propre mise en scène, reflétant ainsi le processus de critallisation du mythe: la question n'est plus, comme dans une banale biopic musicale, comment le toucher sans le violer, mais comment montrer sa construction tout en y participant.

I can get my satisfaction.

jeudi 17 avril 2008

Billet haineux

L'Angleterre est secouée en ce moment par un terrible scandale, qui divise les médias et déchire les familles: Jay-Z à Glastonbury.

Oui, ça suffit pour donner au pays de la réforme calme des airs d'Affaire Dreyfus. Toi pas comprendre? Moi non plus. Les anti-Jay se fondent sur la tradition, pilier de la société, qui veut que Glastonbury soit un festival de rock et que les rappeurs devraient donc en être exclus. Ce con de Noel Gallagher, qui ne se sent plus depuis que deux albums d'Oasis se retrouvent en tête d'un énième classement des meilleurs albums anglais de tous les temps (Q magazine de ce mois), a expliqué très énervé que Glastonbury, c'était fait pour la musique à guitare. Oui, évidemment, il faudrait même préciser la guitare accoustique, car voyez ce que Dylan est devenu après. Le rock serait un pays dont les piliers seraient les chanteurs mielleux à succès (qui rendent les filles cruches) et la guitare (qui permet la communion de la nation autour d'un feu de camp); ses ennemis éternels, ce seraient peut-être les renois des ghettos? Devant tant de connerie, je crois qu'Emily Eavis, organisatrice du festival, n'a pas eu tout a fait tort en évoquant une forme de racisme (au moins social) émanant de la bien-pensance snob du pays.

Glastonbury, mythique donc risquant le toc, est un festival au public vieillissant, parce que trop cher, évidemment; et ce public vieillissant, en partie, semble ne pas accepter que l'histoire de la musique ait pu continuer après les Stones (au programme de l'an dernier je crois...). Je n'ai pas envie de prendre le même ton que Manoeuvre quand il essaye de défendre les Plasticines, mais après tout, c'est vrai, ces quadras frustrés n'ont qu'à rester chez eux à lire Classic Rock Magazine.

Du coup, le festival n'est pas encore complet, mais là encore il faut acheter les places avant que la programmation ne soit dévoilée, alors, même pour Jay-Z, je ne vais pas lever mon boycott sur les giga-messes britanniques.

En revanche, les Eurockéennes viennent de dévoiler leur programmation entière et c'est plus qu'alléchant (Gossip, Cat Power notamment). Cocorico.


Glastonbury

Les Eurockéennes

jeudi 3 avril 2008

Krautelectro

J'ai dû, parce que ma vie est faite comme ça, écouter l'album de Sébastien Tellier en entier deux fois.

Pour me remettre, un peu de Wu-Tang Clan, et une déesse teutone. Gudrun Gut a un nom à faire du porno de genre, mais elle préfère faire de la musique, et depuis les années 80 elle travaille au corps la scène underground berlinoise. C'est donc plutôt de l'électro, mais pas de la bête musique qui se danse: c'est très très intello sans être jamais lourd; cultivé et inspiré du blues, du Krautrock (et du prog en général) et de ballades romantiques. Écoutant "Pleasuretrain" et "Rock Bottom Riser", j'ai enfin compris que la meilleure électro est celle qui joue toujours la fusion. Et c'est complètement génial, je n'en dis pas plus.

Gudrun Gut