mardi 17 juin 2008

L'heure des bilans

Le 10 juin, Her Name Is Calla, dont j'avais déjà parlé il n'y a pas très longtemps (), m'invite à venir les réécouter à Londres, pour me remercier d'avoir constitué leur public à moi toute seule la dernière fois. Ça fait bien plaisir de les voir encouragés par une foule un peu plus conséquente. Leur performance est sensiblement égale à la fois précédente, même si le charme familial est, ce soir, rompu. Tant mieux, finalement. Ils sont là pour le lancement de leur album, The Heritage, un disque très sombre et assez différent de ce qu'ils font en concert.

Her Name Is Calla

The Monroe Transfer, qui apparaît sur une piste de The Heritage, assure la première partie, et rejoint Her Name Is Calla sur scène pour un final un poil bruyant. The Monroe Transfer tend vers un prog symphonique un peu excessif, et on ne voudrait pas encourager Her Name Is Calla à pousser trop loin dans cette voie qui visiblement les tente aussi. Mon stylo a même lapsé à l'occasion: voulant écrire "too much", je gribouille "tout moche". Mais globalement, le concert est bon et je continue de soutenir ces petits bien sympathiques.

The Monroe Transfer

Avant eux, également, quelque chose d'assez sublime: Alice Gun. On pourrait croire que c'est une chanteuse folk comme une autre qui se distingue seulement par la qualité exceptionnelle de sa voix. Mais on est vite détrompés: le folk est détourné, à la fois épuré de son romantisme souvent niais, et tiré vers des expériences beaucoup plus limites, très sombres, mais toujours simples.

Alice Gun

Le lendemain, j'étais de retour sur le continent. L'Angleterre et ses concerts, c'est donc fini pour moi: je ne peux même pas compter combien j'en ai entendus, mais sans doute une bonne cinquantaine, en neuf mois d'exil. Depuis janvier, j'écris pour This Is Fake DIY, et depuis hier, dans Sound of Violence, en français. Les prochains mois se passeront entre Berlin et Paris, le blog ne s'arrête pas, il paraît qu'il y a des choses qui se passent aussi de ce côté-ci de la Manche.

jeudi 12 juin 2008

Les gros lourds de minuit


Midnight Juggernauts: le groupe qui va succéder à JUSTICE dans les tubes de l'été électro... Déjà que JUSTICE, je n'adore pas... Chouette. Et donc, je suis allée les voir en concert à Londres; c'était produit par la radio teenage Xfm.

Ils sont de ceux qui essaient de mêler la performance du rock au son de l'électro; donc on ne les voit pas mixer (ils se samplent eux même à la pédale, pour le reste, c'est du son préenregistré), et ils essaient de se comporter avec leurs intruments comme s'ils étaient de vrais rockers. Mais ils n'ont absolument aucune marge de manoeuvre, et on n'a droit qu'a une consciencieuse resucée des morceaux de l'album (déjà bien consciencieux).

C'est drôle comme, dès qu'ils ont l'air de se donner un peu à ce qu'ils font, ça met le public en extase... Enfin, ça m'a vraiment collé mal au crâne. Alors que leur démarche n'est pas inintéressante en elle-même (construction d'une ambiance spatiale, sons énervants de sirène qui maintiennent tout le sucre romantique dans un deuxième degré salvateur), tout reste trop froid, mécanique et distant.

Alors comme chaque année, les conseils de l'été: pas oublier la crème solaire, mettre un chapeau et se méfier de la hype.

mardi 3 juin 2008

Carnet

Bo Diddley est mort.

Je laisse aux Animals le soin de raconter l'histoire:
free music

samedi 31 mai 2008

Tortue Violette

Pour cause de mémoire à finir (toujours pas fini), de déclaration d'impôt à faire (toujours pas faite), de pluie (toujours toujours) et d'un sentiment de profonde lassitude à l'idée de devoir une fois encore courir après le dernier train, celui qui met une heure et demi, à passer toute seule sans chauffage, je ne suis pas allée écouter les excellents Ten City Nation l'autre soir. J'ai en plus sans doute laisser passer ma dernière opportunité d'essayer ce bar mythique de Camden qu'est The Purple Turtle.

Mais leur album m'a tellement réjouie qu'ils méritent un post quand même. On est face à du vrai rock, sombre et dense, à mille lieux des explorations dandyesques et par ailleurs magnifiques des Libertines et de leurs multiples avatars. Ten City Nation sont là pour nous rappeler que cette musique est adolescente et violente, et ils le font bien, dans la lignée des géniaux Sons and Daughters dont j'avais déjà parlé ici. La voix, haineuse à souhait, rappelle le dernier album de Black Rebel Motorcyle Culb, autour d'influences qui vont de Queens of the Sone Age à Nirvana. Mais ils sont suffisamment talentueux pour ne pas sentir la resucée du rock d'antan: l'oeuvre au noir poursuit la même recherche, mais avec une obstination suicidaire qui en renouvelle la valeur.

Et, ce qui est encore plus sympathique, leur album est disponible en téléchargement gratuit et légal sur leur site.

Ten City Nation

Bonne écoute.

jeudi 29 mai 2008

C'est bien parce que c'est toi


Oh, une belle page myspace toute neuve! Et un bel EP de promo pour le futur plus grand jazzman de tous les temps!

Le sublime, formidable et dément Hillel Schlegel, également connu dans le milieu de la "nuit parisienne" sous le nom de MC Jack, est un pianiste d'exception qui s'apprête à révolutionner le monde du jazz par ses improvisations débridées et subtiles, et sa culture immense qui le rend capable de reprendre n'importe quel morceau du répertoire et de le transformer en expérience post-free.

Ce génie, que dis-je, ce Dieu vivant, last of the white niggers, est écoutable ici:

Hillel Schlegel

Tu m'envoies ton EP? Et un chèque en passant pour me remercier de faire ta promo?

lundi 26 mai 2008

Beat ecstasy

Slim Gaillard:

« He'll sing 'Cement Mixer, Put-ti Put-ti' and suddenly slow down the beat and brood over his bongos with fingertips barely tapping the skin as everybody leans forward breathlessly to hear; you think he'll do this for a minute or so, but he goes right on, for as long as an hour, making an imperceptible little noise with the tips of his fingernails, smaller and smaller all the time till you can't hear it any more and the sounds of trafic come in the open door... » Jack Kerouac, On the Road.


Pourtant, à force de travailler sur ce bouquin, je sens que l'écriture de Kerouac n'est pas une écriture bop, mais une écriture free: du Coltrane et non du Charlie Parker ou du Slim Gaillard. Mais c'est vrai que "Cement Mixer" est un morceau d'anthologie. Orooni orooni.

dimanche 18 mai 2008

Supporting support

The Borderline, pub en sous-sol près de Charring Cross Road, accueillait l'album launch party de Laurel Collective. Je ne m'attarderai pas sur eux, qui ont fait une bonne performance bien dansante, petite machine bien rôdée à faire des tubes gentillets. Je commence à en avoir marre de tous ces branleurs. Je viens d'écouter leur album, je ne sais même pas quoi écrire tellement la banalité mollasse me fatigue. (C'était la râlerie bien peu productive de la semaine).

The Laurel Collective

J'espère que Björk, qui se baladait dans le public, est plutôt venue pour Micachu, qui assurait la première partie. Parce que là, ce petit bout de femme aux airs de garçon manqué sait quoi faire de ses dix doigts. Elle s'amuse avec ses mini-guitares, qui semblent sorties de sa malle à jouets, et en fait sortir des sons complètement inattendus. Sa voix passe du grave à l'aigu de manière tout aussi incompréhensible, et s'énerve dans une rage bien adolescente (mais adolescence bien talentueuse) contre les "worst bastards" du monde. De la pop? du rock? de la vraie de vraie club-music? En tout cas, du bon son pour les hanches et les oreilles.

Micachu

Et un peu avant, les fort sympathiques Naked and the Boys, rock avec contrebasse, joliment rétro, un peu strokesien et bien pensé.

Naked and the Boys

jeudi 15 mai 2008

Performance, parce que c'est bien


C'était annoncé sur le ticket: pas de première partie, et un concert de 3h. Je m'attendais donc à un show intense et à de longs délires instrumentaux, à la manière d'impros jazz infinies.

Finalement, Ween a juste fait un concert rock tout ce qu'il y a de plus normal, mais pendant deux heures et demi. Tout simplement parce qu'ils ont l'air d'être plutôt bien sur scène, et que le public est suffisamment chaud pour les porter tout ce temps, qu'on ne sent pas passer. Entre tango (et une cucaracha pas piquée des hannetons) et prog afro-cubain, bref, du vrai rock, Ween reste fidèle à son image - guère plus, mais c'est déjà pas mal.


Ween

mercredi 7 mai 2008

Weariness

J'avais ouvert ce blog avec le très beau Control, d'Anton Corbjin. On se demande pourquoi, moins d'un an après, certaines personnes ont pu juger pertinent de sortir un nouveau film sur Joy Division. Joy Division - The Documentary se veut visiblement le pendant "objectif" de l'exploration biographique très orientée et très romantique de Corbjin; vidant le sujet de cela même, donc, qui faisait sa richesse esthétique et critique.

Ce qu'on nous sert aujourd'hui n'est rien d'autre qu'un montage vite fait mal fait d'images d'archives retravaillées, d'interviews inintéressants se concentrant sur l'anecdotique (suicide final compris: comment les membres du groupe l'ont-ils appris?????) Bref, c'est digne de la presse de caniveau. Le rock est à la mode, on passe les icônes à l'eau de javel sous prétexte d'informer, et on refuse de s'interroger sur l'art. La musique populaire, traitée avec populisme.



Un seul bon mot, qui m'a plu: le passage du punk à la new wave, c'est le passage de "fuck you" à "I'm fucked".

I'm so fucked, sometimes.

vendredi 2 mai 2008

Manchester - Barcelona 1 -0

Évidemment, le foot, je m'en fous, mais il faut croire que ce soir-là tout Londres avait décidé de rester devant sa télé au lieu de sortir écouter de la bonne musique. Bande de pleutres. Enfin, tant mieux, j'ai pu papoter deux heures avec les groupes qui, donc, n'ont joué que pour moi. Sympa.

Sleeping Dog, c'est une femme, Chantal, qui chante, accompagnée de temps en temps par son copain (qui a un peu le trac). Originaires de Hollande, ils vivent maintenant dans une ferme aux environs de Bruxelles et élèvent des chevaux et des enfants. Ils n'ont pas un rond, et en tournée ils se logent dans des auberges de jeunesse bab tenus par des espèces de soixante-huitards anglais près de St-Pancras. Ils ont laissés la mouflette de un an et quelques à la maison; Chantal est enceinte de huit mois et deux semaines et à un peu peur que son deuxième enfant ne naisse sur scène, mais elle se dit qu'au moins ce sera rock'n'roll. Ses chansons sont tout en simplicité, comme leur univers; mais grâce à la subtilité de ses orchestrations (très prog), elle ne tombe pas dans la fadeur d'une énième chanteuse à texte. Peut-être parce que j'ai eu la chance de pouvoir leur parler, et d'écouter leurs réflexions sur la musique, la composition et la performance, que j'ai été sensible à leur désir de ne pas répéter, ou presque, pour avoir tout à dire au moment où cela importe, leurs chansons m'ont remuée.

Sleeping Dog

Ensuite, Her Name Is Calla, qui termine sa tournée anglaise et qui déprime un peu de n'avoir comme public que le groupe précédent, trois potes, deux barmen et moi (qui vient quand même pour couvrir leur concert, donc qu'ils ne se plaignent pas trop). Demain, ils retournent à leur day jobs. Alors, ils mettent du coeur à l'ouvrage, même si c'est juste pour eux et pour quelques oreilles a priori indulgentes. De longs délires instrumentaux dans lesquels on se perd comme dans des forêts angoissantes, un chant rare mais beau et une batterie très militaire construisent des ballades épiques inclassables, du bruit loquace et profond. Au-delà de l'atmosphère familiale de la soirée, on se retrouve plongé dans leurs labytinthes. Une de mes meilleures découvertes ces derniers temps.

Her Name Is Calla

jeudi 24 avril 2008

À la mode de Londres

Petit passage en revue des musiciens qui font la une en Angleterre en ce moment, qu'ils soient Britanniques ou Américains. Une impression générale: oui, il y a plein de gens qui font du bon rock en ce moment, mais ils sonnent un peu tous pareil... Heureusement, il y a quand même du plaisir à y prendre.

The Last Shadow Puppets: oui, évidemment, ils sont bourrés de talent, et ça fera des bons tubes dans les boîtes de nuit. Ça ressemble beaucoup à Arctic Monkeys - forcément, puisque c'est l'autre groupe d'Alex Turner - en plus orchestral, et à Bloc Party, en plus teenager; ils font des bons petits singles pleins d'un romantisme pompier plutôt bien utilisé. Bref, complètement inintéressant mais plaisant: autrement dit, vraiment bon, vraiment actuel, et qui ne fera pas de vagues.

Blood Red Shoes: dans la même veine, quoique plus proches de Franz Ferdinand, ils aiment bien les tons un peu dramatiques, et sont dénués, là encore, de toute originalité. On les voit bien, dans une quizaine d'années, dans une rubrique "les oubliés du rock revival des années 2000" à Rock&Folk. Mais, comme on a aimé Franz Ferdinand, on les aimera aussi.

The Black Keys: Cette fois, le mélange d'influences parvient à faire monter un peu la sauce. De l'"indé" (comme je déteste ce mot) un peu sombre, un peu bluesy, finement ouvragé et qui trouve à dire des choses. La construction, sèche et complexe, penche, ne serait-ce qu'un peu, du côté du prog et du psyché, comme un Amon Düul complètement dépressif, avec un crooner torturé. Bonne surprise.

Lizz Wright: cette fois, ce n'est pas du rock; je ne parle pas assez de soul (et de néo-soul) ni de jazz ici, alors pour me rattrapper, je vous présente cette voix de contralto sublime, formée dans les chorales religieuses du Sud américain. Comme Amy Winehouse (avec laquelle elle n'a cependant pas grand chose à voir), elle n'invente rien, marchant dans les pas de Spanky Wilson et Mavis Staple, sans atteindre aux expérimentations sonores d'une Érikah Badu. Mais, comme l'on dirait pour Amy: mon dieu, quelle voix.

mercredi 23 avril 2008

Vienne dépressive

J'ai cru un instant que ce n'était encore qu'une de ses sensations jetables, une petite voix avec un gentil piano (ou une guitare) derrière, doucement rebelle et romantiquement moderne: toutes les Dawn Landes (au demeurant excellente dans son genre) et Doctors and Dealers qui tombent dans ma boîte aux lettres ces temps-ci.

Mais le phénomène autrichien Soap&Skin, bien que rentrant dans la catégorie "jeune fille avec le mascara qui coule", fait montre d'un talent inattendu. Attention, la douceur est ici toujours feinte; et la (très) jeune femme connaît sa prog-électro et sait aussi mixer, jouant avec sa propre image et pleine de faux-semblants.

On attendra l'album avant de crier au génie, mais les premières chansons valent le détour. Il faut, bien sûr, les écouter jusqu'au bout (à l'adresse de ceux qui seront découragés par les premières notes si classiques), leur propos ne prend sens que dans la durée d'une lente déconstruction. Rimbaldien.

Soap&Skin

samedi 19 avril 2008

Laisse le sang pisser, c'est du rock'n'roll


Pour se convaincre que Schnabel est vraiment un tâcheron sans talent, il suffit d'aller voir le film de Scorsese sur les Stones, Shine a Light. Berlin (qu'on a supporté parce que Lou Reed) ne tient tout simplement pas la comparaison.

Évidemment, ils pètent le feu, et rien que ça, c'est impressionnant. Sous les rides, la plage. D'ailleurs, il faudrait arrêter de parler des papys du rock; il n'y a pas à dire, ils ne sont pas encore prêts pour la maison de retraite. J'ai beau m'énerver contre les conservateurs qui pensent que l'histoire de la musique s'est arrêtée à la mort de John Lennon, les Stones sont bons et sont toujours bons, et mieux vaut de la bonne musique d'il y a vingt ou trente ans que les Courteeners.

Ensuite, Scorsese est sacrément en forme aussi, et on a donc non seulement un bon concert mais aussi un bon film. Son montage est une réussite assez rare dans l'exercice du concert filmé, car il n'a pas peur de faire, justement, un film, et sait saisir les expressions fugaces, accompagner les poses d'un zoom fassbindérien, et attrapper au vol le bonheur de la performance. Mais aussi, il dépasse le simple exercice. Les images d'archives qui viennent ponctuellement illustrer la carrière des Stones ne sont pas que des clips humoristiques; elles viennent aussi faire sens, insérées dans ce concert de la maturité, comme des preuves que la jeunesse anarchique, qui aujourd'hui n'est plus qu'un cliché, a pu avoir une signification formelle et se prolonge aujourd'hui dans une expérience scénique intacte. L''enrobage, certes, s'est assagi (les Clinton viennent serrer des louches avant le concert), le spectacle continue de fasciner par son esprit, oui, rock'n'roll.

Seul le public, peut-être, a changé.

Scorsese, presque brechtien dans sa démarche, met en scène sa propre mise en scène, reflétant ainsi le processus de critallisation du mythe: la question n'est plus, comme dans une banale biopic musicale, comment le toucher sans le violer, mais comment montrer sa construction tout en y participant.

I can get my satisfaction.

jeudi 17 avril 2008

Billet haineux

L'Angleterre est secouée en ce moment par un terrible scandale, qui divise les médias et déchire les familles: Jay-Z à Glastonbury.

Oui, ça suffit pour donner au pays de la réforme calme des airs d'Affaire Dreyfus. Toi pas comprendre? Moi non plus. Les anti-Jay se fondent sur la tradition, pilier de la société, qui veut que Glastonbury soit un festival de rock et que les rappeurs devraient donc en être exclus. Ce con de Noel Gallagher, qui ne se sent plus depuis que deux albums d'Oasis se retrouvent en tête d'un énième classement des meilleurs albums anglais de tous les temps (Q magazine de ce mois), a expliqué très énervé que Glastonbury, c'était fait pour la musique à guitare. Oui, évidemment, il faudrait même préciser la guitare accoustique, car voyez ce que Dylan est devenu après. Le rock serait un pays dont les piliers seraient les chanteurs mielleux à succès (qui rendent les filles cruches) et la guitare (qui permet la communion de la nation autour d'un feu de camp); ses ennemis éternels, ce seraient peut-être les renois des ghettos? Devant tant de connerie, je crois qu'Emily Eavis, organisatrice du festival, n'a pas eu tout a fait tort en évoquant une forme de racisme (au moins social) émanant de la bien-pensance snob du pays.

Glastonbury, mythique donc risquant le toc, est un festival au public vieillissant, parce que trop cher, évidemment; et ce public vieillissant, en partie, semble ne pas accepter que l'histoire de la musique ait pu continuer après les Stones (au programme de l'an dernier je crois...). Je n'ai pas envie de prendre le même ton que Manoeuvre quand il essaye de défendre les Plasticines, mais après tout, c'est vrai, ces quadras frustrés n'ont qu'à rester chez eux à lire Classic Rock Magazine.

Du coup, le festival n'est pas encore complet, mais là encore il faut acheter les places avant que la programmation ne soit dévoilée, alors, même pour Jay-Z, je ne vais pas lever mon boycott sur les giga-messes britanniques.

En revanche, les Eurockéennes viennent de dévoiler leur programmation entière et c'est plus qu'alléchant (Gossip, Cat Power notamment). Cocorico.


Glastonbury

Les Eurockéennes

jeudi 3 avril 2008

Krautelectro

J'ai dû, parce que ma vie est faite comme ça, écouter l'album de Sébastien Tellier en entier deux fois.

Pour me remettre, un peu de Wu-Tang Clan, et une déesse teutone. Gudrun Gut a un nom à faire du porno de genre, mais elle préfère faire de la musique, et depuis les années 80 elle travaille au corps la scène underground berlinoise. C'est donc plutôt de l'électro, mais pas de la bête musique qui se danse: c'est très très intello sans être jamais lourd; cultivé et inspiré du blues, du Krautrock (et du prog en général) et de ballades romantiques. Écoutant "Pleasuretrain" et "Rock Bottom Riser", j'ai enfin compris que la meilleure électro est celle qui joue toujours la fusion. Et c'est complètement génial, je n'en dis pas plus.

Gudrun Gut

jeudi 27 mars 2008

What says the reed...

Julian Schnabel est, à mon avis, quelqu'un d'assez inintéressant; ce n'est pas un prix à Cannes qui me fera penser le contraire, le palmarès suscite depuis quelque temps pas mal de perplexité chez moi. Mais tout de même, quand il réalise un film autour d'un concert de Lou Reed, je ne peux évidemment m'empêcher d'aller voir.

On connaît l'histoire: l'album Berlin est, en 1973, un échec commercial, il n'a donc jamais été joué intégralement sur scène, avant quelques concerts en 2007. C'est l'un d'eux que Schnabel filme, en 35mm à joli grain. Quatre ou cinq opérateurs se baladent simultanément autour de Lou et de sa bande de musiciens, tous talentueux. On ne comprend pas toujours les effets: ces affreux films avec l'affreuse Emmanuelle Seigner, sont-ils diffusés pendant le concert, ou bien entrecalés par Schnabel au montage? Les deux, visiblement: une projection sur les musiciens et le décor bizarre japonisant, qui donne le sentiment d'une apposition en surimpression, et quelques moments où le film est montré directement, histoire d'être plus explicite. En tout cas, c'est très superflu, l'album est suffisamment clair comme ça pour qu'on puisse nous épargner une mauvaise actrice sanglotant parce qu'on lui a pris ses enfants. Lou Reed est suffisamment doué pour faire passer un peu d'émotion dans sa voix, merci pour lui.

Parce que, oui, il a toujours du talent. J'aime d'ailleurs beaucoup ce qu'il a fait après le Velvet Underground, notamment "Ecstasy" que je vous conseille vivement d'aller écouter. Et là, il montre en plus un vrai bonheur à jouer, et un talent de narrateur, si essentiel quand il s'agit de jouer un album entier aussi narratif, c'est-à-dire avec une vraie logique d'album.

Cependant, les choeurs sont peu convaincants, avec leur touche de gros spectacle. L'homme n'est jamais aussi prenant que quand il égrène quelques phrases tout seul avec sa guitare. Le reste des musiciens est bon et même sacrément - on sort de la salle de cinéma avec l'impression d'avoir vu un mauvais film et d'avoir raté un concert, sinon génial, du moins assez remarquable pour quelques moments de grâce... mais on est quand même content d'en récupérer des miettes grâce à cette production tout de même assez luxueuse.

vendredi 21 mars 2008

Dis, comment on fait de l'élaiktro?

Viens, je te montre.



C'est une version simplifiée évidemment, mais l'idée est là.

D'après Le Monde (parce que oui, j'ai trouvé ça sur Le Monde), ça fonctionne sur un ostinato, mais ou je me trompe, ou ils n'ont rien compris. Un ostinato, ce serait effectivement une rythmique répétitive comme ici, mais simplement à la basse. Et puis, je pense qu'analyser ce petit morceau en termes contrapuntiques ne serait pas tout à fait pertinent, il n'est pas question d'harmonie ici, si ce n'est l'harmonie des boîtes à rythme. Bref, c'est de l'électro, pas autre chose.

La vidéo a été primée aux youtube awards. Oui, je passe trop de temps sur internet. Je suis une no-lifeuse. Sauvez-moi.

mardi 18 mars 2008

"Can were better than the Stooges"


Pour corroborer cette affirmation, d'une rare pertinence, qui a été faite en commentaire d'un précédent article (merci encore pour avoir, enfin, osé dire la vérité!), j'ai suivi la méthode à Lester Bangs et écrit une critique d'un album de Can, que je n'ai jamais écouté. Pour voir la technique, se référer à l'article Bangs, Bangs, you're dead et au lien qu'il contient...

Ege Bamyasi: This latest offering from Can is important only insofar as it will delineate the contours of the current malaise for future rock historians, if there are any with all the pollution around now. I don't remember how I got here, whose house this is or where this typewriter came from, but anyway this new album is by the greatest fucking rock 'n' roll band in the whole wide world and it has saved my life again just like all the others did, so I don't even care where I am, I don't care if I got rolled last night, I don't care if this place gets busted right now, I don't care if the world comes to an end because the cosmic message of truth and unity which this music is bringing to me has made me feel complete for the first time since 1968.

The first song on side one, Pinch, sets the pace and mood of the album most atmospherically. The first thing you notice is the deep, throbbing bass lines. The full impact of what's going on in this cut may not reach you the first time, but if you keep listening a couple of times a day for a week or two, especially through headphones, it will come to you in a final flash of revelation that you are listening to a masterpiece of rock which so far transcends "rock" as we have known it that most people probably won't recognize its true worth for at least ten years. Cut two is a definite picker-upper by virtue of the fact that it was produced by Phil Spector's cousin from Jersey. In spite of that, I feel that the true significance of its rather dense and muted lyrics can only be apprehended by taking a course in German.

This record has inspired such a powerful thirst in me that I can't bring myself to describe the rest of the cuts. Track by track reviews are a bore anyway, and the album only costs $4.97 at the right stores, so go down and get it and find out for yourself whether you'll like it or not. Who am I, who is any critic or any other sentient being on the face of the earth, to tell you what a piece of music sounds like? Only your ears can hear it as only your ears can hear it. Am I right or am I wrong? Of course I am. I do know that I will go on listening to this album till I drop dead of cancer. So before I sign my name at the bottom of this page and pick up the check from the cheap kikes that run this rag will never pay me anyway, I would like to leave you with one thought: Rock 'n' roll is dead. Long live rock 'n' roll.

Chloé


Luv it...

Pré is dead


J'ai perdu du temps à parler de la nullité de The Owl Service, et je n'en ai pas pris pour vous vanter le très très bon Dead Meadow qui jouait après eux, au Scala. Il faut dire qu'ils sont tellement underground qu'il n'y a pas moyen de trouver leurs disques à Cambridge (c'est dire).

Je les avais découvert en furetant dans les liens offerts dans la rubrique "Good Shit" du site officiel du Brian Jonestown Massacre (rubrique qui n'existe plus, le site a été refait en moins bien depuis la dernière fois que j'y suis passée); c'est donc déjà une sacrée caution. Ils ont des gueules de hippies à cheveux longs, et on se dit parfois que ça aurait pu être produit dans les années 70. Pourtant, au-delà du psychédélisme, ils sont capable d'un son post-punk, sombre, rappelant la meilleure shoegaze. Et en concert, ils se font plaisir avec des longues pauses instrumentales qui s'étendent en improvisations obsessionnelles. Dans la même veine que les Warlocks ou le Quarter After, ils sortent vraiment du lot par ces lents développements qui vous enveloppent et vous mettent en transe. Point de rétro, mais une musique riche de sens, que vous rateriez vraiment quelque chose si vous ne cliquiez pas sur ce lien.

Dead Meadow

Nouvel album en mai...

jeudi 13 mars 2008

Bangs, Bangs, you're dead!


Lester Bangs, témoin de Jéhova dans sa jeunesse et qui est ensuite devenu le plus mythique (et en plus, l'un des meilleurs) rock critic de tous les temps, est mort il y a trop longtemps pour qu'il y ait la moindre chance qu'il soit mon père biologique.

Tant pis. En tout cas, voilà un texte de lui assez formidablement drôle et formidable tout court.

Lester Bangs - How to be a rock critic

Je sais qu'il y a au moins un de mes lecteurs qui est un fan absolu de (ou au moins, qui connaît) Amon Duul II, tu vois, t'es pas tout seul! (et puis moi aussi j'aime bien.)

dimanche 9 mars 2008

Al hamdou lillah


Exilée dans un pays où les seuls cafés qu'on peut trouver sont soit des Starbucks, soit des Costa, soit des Nero, généralement situés au premier étage d'une librairie qui est soit un WHSmith, soit un Borders, soit un Waterstones... Je me rappelle qu'au Caire, près de la rue Tala'at arb, il y a un petit café à la gloire d'Oum Kalthoum, sommet de kitsch égyptien avec, à l'extérieur, un gigantestque buste de la dame, réaliste jusqu'au chignon; et à l'intérieur, les murs sont tapissés de photos, de pochettes d'albums, tandis qu'évidemment sa musique passe en boucle. En plus, c'est un endroit où on peut aller boire un karkadeh l'après-midi pendant le ramadan sans se faire regarder de travers par les clients, même quand on est une femme en cheveux (comme Oum Kalthoum! Yallah!) puisque c'est visiblement un repaire de libéraux hédonistes. Et les prix sont moindres qu'au Fichaoui (où plane cette fois le fantôme de l'écrivain Nagib Mahfouz), qui devient quant à lui un repaire à touristes...

Cairote un jour, cairote toujours, ya sadiqi!

free music

Des nouvelles de l'Eurovision!

Je lis dans la presse anglaise que la France s'apprête à envoyer un "vrai artiste" à l'Eurovision. Qui donc? Sébastien Tellier. Mouais, ce garçon m'agace profondément, avec sa "Sexualité" plutôt... molle.

Pourtant, je ne vais pas cracher par principe sur l'Eurovision, qui a quand même couronné France Gall. Oui, j'aime France Gall, et j'assume. Pas tout évidemment, mais je la trouve assez perturbante et perverse, derrière et à cause de ses airs de sainte nitouche.

J'ai même dégoté une version japonaise de "Poupée de cire, poupée de son", le son est un peu pourri mais c'est réjouissant.



Et puis les collaborations avec Gainsbourg, c'est assez génial; elle s'y prête tellement bien avec sa face d'ange blond. "Les Sucettes", chef-d'oeuvre érotique!

mardi 4 mars 2008

Jésus revient

Encore au Scala, un excellent concert de Dead Meadow (assez génial, même). Mais en première partie, une espèce de truc assez déroutant, the Owl Service, quelque part entre la chorale du couvent des Oiseaux et des post-hippies (ou post-yuppies) bien pensants.

Ils se complaisent dans des thèmes médiévaux (ah, l'Angleterre avant la révolution industrielle!) et des mélodies prétendument folk qui sont d'autant plus énervantes que l'une des deux chanteuses (celle qui se tient debout au milieu et fait du tambourin) à certes un joli filet de voix, mais ne tombe pas toujours très juste.

Les quatre musiciens ont tous un air mystique, prêts à mettre toute leur âme et toute leur foi (le religieux, n'est-ce pas l'anti-conformisme d'aujourd'hui?) dans leurs chansons. Du coup, ça m'a fait penser à "Jésus revient"; sauf que là ça ne se veut pas drôle mais arty, que leur sincérité est d'un type assez obscur pour moi, et qu'en plus, ça swingue moins, il faut le dire.

Ce qui m'étonne, c'est que le public avait l'air de trouver ça sympa, joli, agréable. C'est moi qui ai un problème?

The Owl Service

En tout cas, rien à voir avec Dead Meadow dont j'espère avoir le temps de parler prochainement.

vendredi 29 février 2008

Douceurs


Je suis tombée raide à la première partie des Von Bondies, le 26 au Scala: the Sugars. D'abord parce que la coiffure du chanteur est un chef-d'oeuvre en soi, ensuite parce que leur musique paye grave son slip, et même son boxer kangourou.

Ils ont certes un petit côté rétro, mais ce n'est pas là l'essentiel. Ça démontre simplement une culture musicale solide, un goût pour l'americana et les chemises à carreaux, bref du bon goût. Pour ce qui est du son, ils renvoient aux White Stripes, ce qui n'est pas peu dire. Un mélange intelligent de blues, de rock'n'roll et de garage.

Le jeu entre la bassiste et le guitariste, qui se partagent aussi le chant, érotise tout ça avec la même force que dans les live des Kills. Du coup, on est complètement scotchés, l'ouïe en éveil et on en redemande.

L'album se prépare pour le mois de mai; mais je sens que mon single dédicacé vaudra dans les 15 000 livres dans cinq ans sur Ebay.

À écouter absolument, "Monsters".

The sugars

L'air du temps

Nouvelle Vague, très populaire au Royaume-Uni, passait à Oxford le 22 février. Ce n'est pas que je tenais à me corrompre dans les rues de the other place, mais le concert de Londres était sold out.

L'équipe n'est pas tout à fait au complet, puisque la chanteuse Camille, qui prêtait sa voix à quelques chansons, ne s'est pas déplacée. Phoebe assure la première partie avec son propre groupe et ne reviendra que pour "Bela Lugosi's Dead". Les deux voix de la soirée sont donc Mélanie et Marina, qui joueront la brune et la blonde.

Pour légitimer le live, qui a priori ne convient guère à ce genre de musique très ambiance, le groupe devient plus rock'n'roll, avec une batterie beaucoup plus marquée, s'éloignant ainsi de son esprit bossa nova. Du coup, les reprises perdent un peu de leur pertinence, certaines devenant simplement de pâles copies de l'original.

"Everytime I see you falling", de New Order, est ainsi transformé en pop gentillette, trop court, trop prétentieux. Il s'agit ici, semble-t-il, de débeaufiser une musique qui sonne trop club, trop disco, pour les bobos d'aujourd'hui; mais on n'obtient rien d'intéressant.

"God Save The Queen", repris des Sex Pistols, enthousiasme les sages étudiants qui composent le gros du public. Même reine, autres perspectives, ici celà se termine en berceuse, et ce "no future" n'est qu'un cri de ralliement entre branchés. C'est finalement tout aussi déprimant que les Ramones sur des T-Shirts Zadig&Voltaire. Et pourtant, je n'adore ni les Sex Pistols, ni les Ramones, mais la manière dont ils sont aujourd'hui exploités a quand même le don de m'énerver.

"Bela Lugosi's Dead" est un des meilleurs moments du concert. La voix superbe de Phoebe Killdeer et son air de Siouxsie insufflent à la chanson de Bauhaus ce gothique essentiel, sans tomber tout à fait dans le kitsch; c'est du glam, Phoebe l'a compris, et il y a de quoi se donner corps et âme dans ces incantations.

"Guns of Brixton" souffre de l'absence de Camille, et la voix un peu faiblarde de Mélanie peine à lui donner une force suffisante, alors que, sur l'album, la chanson trouvait une violence, enfin, qui la rendait belle et pas simplement jolie.

On s'y attendait, "Love Will Tear Us Appart" clôt le spectacle. Oh, c'est triste, mais on va vous rendre ça supportable par ces petites percussions sympas, et on va vous faire chanter comme dans une chorale, et après ce sera l'heure d'aller dormir.

Ce que Nouvelle Vague reprend, ce sont des hymnes symboliques beaucoup plus que des chansons. Le groupe ne s'intéresse pas à ce que la musique véhicule en elle-même, et aux manières de le transposer dans une autre époque ou dans un autre genre, mais à des mélodies qui, commercialement, sont associés à une "scène", à un "esprit", qu'en même temps on renie, parce qu'aujourd'hui, tout le monde il est gentil. Un groupe non-violent et qui ne fait de mal à personne, un groupe par ailleurs extrêmement talentueux, dont l'entreprise, réussie, consiste, d'une part, à enlever le côté popu, d'autre part, à contourner le côté désespéré, de chansons bien choisies dont il pompe l'énergie sans la transmuter.

Rien à dire, mais encore envie de vivre. Zeitgeist.

Au fond, j'apprécie le concert, les effets de scène sont amusants, les chorégraphies travaillées, la musique est jolie. Mais, si Bela Lugosi's Dead, je crois encore que, Hey hey, my my...

A propos de Bauhaus, ils ne sont pas morts non, et j'ai eu beaucoup de plaisir à écouter leur dernier album (le premier depuis 1983, et probablement le der des der). Ils ne se sont pas modernisés et prouvent que le désespoir contenu de la new wave et le mysticisme du gothique ont encore un sens. Sortie le 3 mars.

dimanche 24 février 2008

Ça va vraiment pas être possible

Sujet de dissertation pour agrégatifs en philosophie: "Déconstruction et progression dans l'oeuvre de Rodolphe Burger". Ce n'est pas moi qui vais m'y coller, mais vous pouvez m'envoyer vos copies.

Rodolphe Burger donc, qui avant de devenir le leader de Kat Onoma jusqu'à la séparation du groupe en 2004, a été prof de philo à Sainte-Marie-aux-Mines (oui, un petit gars de près de chez moi! Donc, s'il vous plaît, on prononce bien Bourgueur, et pas autrement) et s'est formé avec les quelques grands noms de l'université strasbourgeoise, Derrida, Ricoeur, Nancy, Lacoue-Labarthe. Un intellectuel, certainement, et une musique qui lui correspond, cultivée, exigeante, hyper-pensée, parfois obscure.

Son nouvel album solo, No Sport, sort ces jours-ci. On est loin, déjà, des premiers opus de Kat Onoma, très rock indé français. Ici le style est inclassable, plein de références, du blues à l'électro, de la country au prog. La voix, qui, de plus en plus, privilégie la narration au chant (comme Gainsbourg en son temps), scande des textes poétiques et travaillés. Finalement, on ne tombe jamais véritablement dans l'abscons, mais il faut bien dire que Rodolphe Burger semble avoir cédé à la tentation de l'art pour l'art, et que c'en devient fatiguant. L'évolution qu'il poursuit n'est pas vers une déconstruction progressive et transcendante (comme les derniers Soft Machine, qu'on accuse souvent d'être incompréhensibles, mais qui participent de ce génie-là et de ce sens du sacré - pas peur des mots aujourd'hui), mais bien vers une forme de pose, puisant dans l'auto-référence.

Ensemble, chanson reprenant pour le renier le slogan de Notre Président, Ensemble, Tout Devient Possible, est certes engagée bien comme il faut, mais témoigne aussi d'une absence de lutte, d'un engagement, sinon feint, du moins dépassionné. Aucune violence, aucune haine, juste l'affirmation d'un refus, mais sans force, parce qu'il y manque ce sens du danger, cette affirmation d'une peur, cette volonté de se battre. Je ne doute pas que Rodolphe Burger soit sincèrement anti-sarkoziste et même très certainement engagé activement pour diverses causes. Mais cette chanson-là, à mille lieux des beaux morceaux de Noir Désir sur J2M (L'Homme Pessé va tellement bien à Sarko, d'ailleurs), répond à une molesse générale des intellectuels qui sont nombreux à s'exprimer, mais peu à penser et à vouloir penser la crise actuelle.

Rodolphe Burger

lundi 18 février 2008

Silencio!

Il y a quelque chose que je trouve toujours assez superbe dans un concert: quand les enceintes sautent et que le public est plongé dans le silence, tandis que le groupe a encore les retours et ne s'en rend pas compte, et continue de jouer tout naturellement. Avec Arcade Fires aux Eurockéennes, sur la grande scène, ç'avait été du plus bel effet. L'autre soir au 229, un petit club de Londres, les Raveonettes ont été d'un coup privés de voix, tandis que les instruments étaient encore parfaitement branchés. Joli.

A part ça, le concert fut bon de toute façon. Le duo mixte a un côté shoegaze qui lui fait éviter les grandes performances scéniques, mais sa qualité réside précisément dans ce côté mécanique et précis. Les deux voix sont tellement parfaitement synchronisées que ça en devient bizarre - donc intéressant. Leur rock enveloppant se prête bien à cette sorte de routine calculée, qui est en elle-même lourde de sens. Et ça n'empêche pas de bouger, le rythme, là aussi, est d'une efficacité mesurée. Pas un groupe qui fera les jeunes gens se précipiter en hurlant sur la scène, mais qui du coup permet de se concentrer sur l'essentiel, à savoir la musique.

The Raveonettes

En première partie, une chanteuse d'un tout autre genre, Ida Maria. Si je vous dis qu'elle vient de Norvège, vous aller sans doute espérer une autre de ses voix du froid, aériennes et lascives comme chez Björk ou El Perro del Mar. Eh bien, détrompez-vous, la Scandinave a le sang chaud et une voix sublime, rauque et puissante, qui aurait dû en faire une figure du jazz féminin. Mais c'est bien le rock qu'elle a choisi, et ça rend plutôt bien. La chanson "Better When You're Naked", en particulier, pleine d'excitation, de désir énervé, a donné lieu a une jolie performance, bien appréciée par le public qui a repris le refrain en choeur. À découvrir, en attendant l'album, en préparation.

Ida Maria

samedi 16 février 2008

Les dessanimés

Je viens d'apprendre que Michel Gondry (dont le prochain film, Be kind, rewind, a été présenté à Berlin et sera bientôt sur les écrans), outre qu'il est un excellent réalisateur de clips, a été lui-même musicien dans un groupe qui s'appelle Oui Oui. C'est totalement oubliable, mais amusant. Et surtout, un groupe qui s'appelle comme oui-oui le pantin avec son taxi jaune, c'est chouette.



Le clip est de lui, évidemment.

Dans la série "groupe avec des noms qui vous rappellent des personnages de votre enfance", je me suis par ailleurs rendue compte récemment que quand j'écoutais du Belle&Sebastian, c'était en fait à Lassie, chien fidèle que je pensais. Quelle quiche je suis, n'est-ce pas.


Pas du tout le même type de chien, on le voit bien.

Persiste et signe!

Oui, c'est sûr, c'est dur de faire de la musique en Angleterre après les Libertines. Car s'ils resteront comme le groupe le plus important de la première décennie du siècle, ils ont aussi provoqué une vague de vocations dont la grosse majorité ne cherche qu'à faire pareil qu'eux. Ça donne des Metros, des New Cassettes, des Holloways, et oui, c'est saoulant.

Cela étant dit, je tiens à me démarquer d'une branche de la critique qui, par peur de tomber dans l'admiration béate pour tous ces sous-produits de l'histoire, condamne par avance n'importe quel groupe anglais qui fait du rock: seraient-ils tous d'emblée suspects dès lors qu'ils arrivent après monsieur Doherty? De plus, contrairement à ce qui s'est passé en France après la fin (provisoire?) de Noir Désir, où un ramassis de petits groupes (Luke, Deportivo, Eiffel et autres) a voulu occuper l'espace ainsi libéré sans qu'aucun ne fasse preuve de qualité ou d'originalité, ici, merci, il y a encore de bonnes choses à entendre. (Et je préviens d'emblée les commentaires: oui, je sais, Eiffel ou Mickey 3D n'ont pas attendu que Bertrand s'éclipse pour exister, il n'empêche, ils n'ont jamais atteint son niveau).

J'ai adoré le premier album de Vincent Vincent and the Villains (que je vous avais fait découvrir quand j'avais parlé des Black Cab Sessions, voir la vidéo dans l'article Taxi à Londres). Mais une critique massacrante d'un des titres a réussi à me faire douter de mes goût musicaux. Après réécoute et réflexion, je persiste et signe.Oui, ils sonnent très folk US 50's, mais contrairement à un groupe (fort sympathique au demeurant) comme les Pipettes, leur crédo n'est pas le kitsch rétro, mais une vrais sincérité, très touchante. Le chanteur a une de ces voix puissantes et charnelle qui vous remuent. Et surtout, ils arrivent à réunir des éléments de sentimentalisme et de réalisme (l'Angleterre post-Thatcher, c'est pas toujours beau à voir), avec ce bonheur propre à la bonne country ou au bon hip-hop. Oui, c'est là ce qu'on appelle de la musique populaire, mais c'est bel et bien un compliment. Des choeurs qui rappellent les negro spirituals (l'album s'appelle "Gospel Bombs"), une guitare qui a quelque chose du flamenco-rock d'Eric MacFadden, une sorte de mélancolie optimiste, profondément moderne.

En bref, rien à voir avec de quelconque wannabes, mais une vraie originalité. Sortie le 10 mars...

Vincent Vincent and the Villains

mercredi 13 février 2008

Nouveaux gourous

La tête d'affiche de cette soirée NME, c'était le quintette new-yorkais au nom imprononçable surtout pour un anglophone, Les Savy Fav. Les quelques titres que j'avais écoutés sur myspace ne m'avaient guère convaincue, mais il faut bien dire que live, c'est quelque chose.

Tout repose sur Tim Harrington, leader spirituel sinon véritablement musical, puisqu'il s'est cassé la voix assez vite. Ce type, qui ressemble à un gros nounours tout gentil, a un sens aigu du déguisement (de la combinaison moulante à paillettes rouges à la robe blanche et aux petites ailes d'un faux ange), mais il ne se contente évidemment pas d'être un clown, c'est un gourou. Son désir de communion avec le public, qui fait le désespoir des types de la sécurité, le fait sauter dans la foule et pousser des cris d'animaux pour un public surexcité. Tout lui est prétexte à faire joujou pour le bien du show, depuis des trompettes jouets à du papier toilette.

Mais il est temps de parler musique, car tout cela ne serait qu'amusant si c'était fait pour dissimuler une maigre qualité sonore. Or, malgré le handicap certain d'avoir un screamer à la place d'un chanteur, le groupe s'en sort extrêmement bien grâce à des musiciens excellents qui suivent docilement les élucubrations du machin qui s'agite au milieu, et produisent un excellent rock qui sait aussi aller voir du côté du blues, sans jamais jurer avec le ton métal de la voix de Harrington, dont les jeux m'ont rappelé Marylin Manson se masturbant sur scène (un moment plus drôle qu'autre chose, mais drôle). C'est aussi à Nebula qu'on pense, dans ce mélange réussit d'une ultra-violence a priori dans le chant, et d'une construction instrumentale très poussée, avec un goût pour le meilleur psychédélisme.

Bref, une expérience à vivre.

Les Savy Fav

mardi 12 février 2008

Gentils bébés

Le magazine NME (prononcer comme enemy, je précise même si c'est évident, j'ai mis des plombes à comprendre) organise en ce moment une série de concerts précédent les NME Awards, occasion de faire découvrir et redécouvrir les meilleurs groupes de l'année avant la distribution des prix. M'y rendant dimanche soir, j'imaginais que j'allais faire augmenter radicalement la moyenne d'âge du public; finalement, j'étais encore dans la norme, mais c'est le premier groupe sur scène qui m'a confirmé que le rock est aujourd'hui entre les mains d'une nouvelle génération.

Après deux titres, quelqu'un dans le public demande au chanteur: "How old are you?". Réponse: "fourteen!" Oui, ils ont l'air bien jeunes, ces petits du Lo Fi Culture Scene. Faut-il s'en allarmer? À vrai dire, non. Certes, ils ne sont pas d'une originalité renversante, mais ils ont bien le niveau des Pigeon Detectives et autres groupes inintéressants mais plaisants qui enflamment les cours de récré anglaises. Et à quatorze ans, c'est déjà pas mal de faire du bon mainstream. Ils sont professionnels, énergiques et produisent des tubes de qualité, qui rapellent les Arctic Monkeys. Et surtout, il y a une certaine beauté dans cette voix qui a à peine mué et dans ses corps adolescents et hésitants dans la danse.

Un début très prometteur donc. On leur dit rendez-vous dans cinq ans, quand ils auront augmenté leur culture musicale et perdu leur virginité. Ils risquent d'être très très bons.

The Lo Fi Culture Scene

lundi 11 février 2008

Fantômes




Je me doutais bien que le fantôme de Jimi plânait sur l'île de Wight. Mais maintenant que le festival où il fit son dernier concert est relancé, la programmation aussi est pleine de spectres.

Sex Pistols, Iggy and the Stooges, the Police! Oui oui! Apparemment les Sex Pistols sont reformés (sans Rotten, qui, non, n'est pas mort apparemment, et sans Sid Vicious, lui bien refroidi) depuis le début de la décennie, j'avais dû louper l'information, mais sans doute parce qu'elle n'est pas si intéressante que ça (déjà que quand il était vivant, bof). Les deux autres groupes me font un peu plus rêver, mais j'avoue que je vois mal l'intérêt de refonder un festival si c'est pour refaire le même qu'en 69 (sans Jimi, mais il a sa statue: spectres, revenants et commémoration sont-ils devenus les mamelles du rock?)

Et de toute façon, payer 130 livres pour trois jours, non. Et de toute façon, c'est complet. Et c'est hors de question que je fasse le pied de grue pour avoir un ticket pour Glastonbury, parce qu'ils se vendent tous le jour même. Je reste dans l'idée que le Sziget est le meilleur festival du monde, sept jours à danser et à faire l'amour, on en revient en se disant qu'on devrait faire ça plus souvent. Donc, en attendant la programmation, je me prépare un été overseas.

mardi 5 février 2008

Vice


Dans Brick Lane, artère mégabranchée de Londres, la foule trépignait vendredi dernier pour essayer de rentrer au 93 Feet East, petit club abritant une grosse soirée, le Vice Live Tour: très bonne musique sponsorisée par le magazine Vice et des marques de fringues. Commercial? Si on veut, mais les filles et les garçons habillés en accord avec la musique, c'est un vrai plaisir esthétique, surtout quand ça danse; j'aimerais savoir prendre des photos.

Premiers sur scènes, les filles d'Ipso Facto. Un look travaillé (cheveux noirs et coupe graphique) qui n'est pas sans rappeler les Raveonnettes, et un son électrique particulièrement envoûtant: on a l'impression d'un rite incantatoire grec (parce qu'elles ressemblent un peu à des statues qui ressembleraient à des statues grecques). Dans la petite salle surchauffée, c'était du plus bel effet. Les mélodies sont travaillées et la chanteuse a vraiment un charisme assez intense. Une très bonne découverte.

Ipso Facto

Ensuite, Friendly Fires; d'abord peu convaincants sur une chanson comme "Paris" (même si je ne peux être insensible au titre) qui sonne un peu trop déjà-entendu, ils gagnent ensuite en intérêt avec des titres électro-pop travaillés, idéaux en club.

Friendly Fires

Black Kids, pour qui je m'étais déplacée au départ, étaient les moins enthousiasmant: oui, c'est très sympa, mais ça garde un air de tube de college radio qui parfois sonne plus comme du Madonna qu'autre chose. Ceci dit, on doit leur reconnaître la capacité à faire danser les foules, et c'était bien là le propos de cette soirée, qui s'est d'ailleurs terminée après encore trois bonnes heures de clubbing belles à regarder.

Black Kids

samedi 2 février 2008

Bof...

Inquiétudes renouvelées concernant le prochain album des Kills, Midnight Bloom, à paraître en mars: après un premier single assez décevant (voir l'article Kill Kill Kill), le deuxième, "Cheap and Cheerful", est plus qu'énervant.



La vidéo elle-même est bien la marque d'une rupture de style: plus rien à voir, en effet, avec la sobriété de "Good Ones". Ici, on commence par des vomissures et on continue par des déguisements de cirque, faussement glam, faussement punk, vraiment drôles. En soi, pourquoi pas: un troisième album qui aurait été la copie du deuxième aurait sans doute un peu manqué d'intérêt.

Mais la force des Kills semble s'être complètement diluée dans leur nouvel habillage. S'ils veulent se tourner plutôt vers Blondie version super-kitsch, libre à eux; mais ç'aurait été intéressant seulement s'ils y avaient ajouté leur précision cruelle, leur érotisme calculé, leur sex-appeal d'écorchés vifs. Là, on a l'impression d'entendre une énième resucée d'un tube de college radio.

Je boude.

mardi 29 janvier 2008

Taxi à Londres



S'il fallait une preuve encore que la radio publique anglaise est vraiment formidable par rapport à Radio France, voici les Black Cab Sessions de la BBC 1. Le concept est simple: dans un taxi (noir, donc), faire monter un bon petit groupe, les faire chanter une chanson le temps d'une petite balade dans Londres, et filmer le tout en une seule prise. Et le programme est aussi varié qu'alléchant: Emmy the Great, the Kooks, the National, les Raveonettes, Seasick Steve... Nous en sommes au chapitre 28, et la suite est attendue fiévreusement par tout Anglais un peu mélomane.

Evidemment, la qualité filmique, caméra à l'épaule et esprit documentaire, n'a pas de quoi ravir les yeux. Mais les paysages urbains qui défilent pendant que nos oreilles se délectent, c'est non seulement synesthésique mais aussi très harmonique. Car cette ville que j'ai tant de mal à aimer est pourtant bien le berceau de la meilleure musique contemporaine, et si les genres représentés ici sont bien différents, tous se prêtent à ce jeu d'écho avec la mégalopole et son underground à fleur de pavé. London calling!

Black Cab Sessions

Pour ceux qui n'ont pas le plugin adéquat (quicktime), vous pouvez regarder les vidéos, en qualité moindre évidemment, sur YouTube.

lundi 28 janvier 2008

In the Old Library

Des amis de Cambridge, qui ont formé un petit groupe autour de Simon Calder, singer-songwriter et leader incontesté, se produisaient hier dans le cadre de la Pembroke Music Society -- un concert feutré dans la "vieille bibliothèque" (presque sans livres) du collège, d'où vous contemplent de leurs portraits les anciens headteachers. Oui, pour ceux qui ne seraient pas au courant, le château d'Harry Potter existe en vrai, il est à Cambridge (en plusieurs exemplaires).

A priori, pas l'endroit ni l'ambiance rêvée pour de l'indie/folk/rock. Le public est restreint et les applaudissements polis, les plafonds sont moulés et les boiseries cirées. Mais ne soyons pas sectaires. On doit bien reconnaître à Simon un certain talent, une belle voix et une belle énergie. Les chansons sont jolies, et, comme le décor, du genre qui ne fait surtout pas de vagues. Les textes, poétiques juste ce qu'il faut (banalement poétiques), se permettent quelques envolées soutenues par un beau violon. Le principal défaut de l'ensemble est un manque de variété et peut-être aussi d'originalité. Mais cela demeure suffisamment bon pour trouver ces débuts au moins encourageants!

The New Theresas

samedi 26 janvier 2008

J'adore quand tu m'allumes

Je ne vais pas me battre avec les imbéciles soi-disant "puristes" qui vous disent "On ne reprend pas les Doors. Qui tu veux, mais pas les Doors". Oui, les Doors, c'est absolument génial et indépassable, ça ne veux pas dire qu'on ne peut pas faire des choses différentes bien que déférentes à partir de leurs chansons. A condition de se rappeler qu'une bonne reprise n'est pas une activité de tribute band (comme les Rabeats, des groupes qui essayent de vous faire croire que les Beatles sont encore vivants, la preuve, ils ressemblent presque aux vrais), mais demande une créativité supérieure à la composition d'une chanson originale. Trahir, oui, par amour.

Tout le monde connaît le "Light my fire" des Doors, et y reconnaît le génie psychédélique de Morrison. Parmi les innombrables versions qui en existent, je vous en propose une -- j'avais très envie de parler aussi de celle de Julien Doré (oui, le Julien de la Nouvelle Star, non, je ne suis pas une minette, ou si peu), à qui l'on est bien obligé de reconnaître un certain talent... Mais il est tellement meilleur dans les chansons de filles que je vous garde son apologie pour une autre fois.

C'est donc celle de Julie London. Si vous ne connaissez pas Julie London, précipitez-vous pour voir ce film génialissime dans lequel elle apparaît (et chante "Cry me a river", j'en pleure encore), The girl can't help it (traduit pathétiquement en Français La blonde et moi). Qu'on ne se méprenne pas, ce n'est pas une bête comédie musicale à happy ending, ça vous donne bien envie de danser mais sans le côté cucul la pralouze de My fair lady. Le premier film musical rock, faisant appraître les pionniers du binaire (Gene Vincent, Eddie Cochran, The Platters....): un must-seen, j'espère que je me suis bien fait comprendre. En tout cas, si la version de Julie tend plutôt vers le jazz (jolie clarinette), on ne peut pas dire qu'elle soit plus jazzy que celle des Doors, dont le rock est aussi fondé, dans une certaine mesure, sur un chromatisme exacerbé. Ce qu'elle a d'original, donc, c'est, je crois, son extrême érotisation. Julie London a une voix superbe, mais elle ne s'en sert pas comme d'un appât: elle en fait l'expression de sa douleur de femme fatale, forcément malheureuse, pathétique, alcoolique, seule, et belle. Ce n'est plus la passion ravageuse qui est chantée ici, juste cette lassitude qui vous fait allumer une clope. Faussement dansant, vraiment tragique.



Et retenez la maxime du jour: reprendre, c'est trahir par amour. Moi, je trouve ça très beau, vraiment.

lundi 21 janvier 2008

Angelheaded hipsters


Vivant, comme tout bon chercheur, quelques années en arrière, je croyais qu'un hipster c'était encore, comme chez Kerouac, Ginsberg, comme chez Warhol ou Friedkin, un prostitué de préférence jeune et beau. D'ailleurs, je vous mets l'affiche de Flesh, ce film de Warhol, pour le plaisir esthétique, car le corps de Joe Dallessandro, grrr.

Mais un hipster aujourd'hui, c'est un style de vie, un mode de pensée, une secte. C'est un trentenaire qui soigne son look pour avoir toujours l'air un peu sale (ça lui fait passer des heures dans la salle de bain), qui vit de préférence à New York, s'en fout de tout, a des jeans moulants et des chemises fluos, fume et mâche des chewing-gum.

Cette vidéo est éclairante.



Or donc, je vais écouter cinq petits groupes dans un pub de Camden, samedi soir. L'un d'eux, the Munroes, est une bande de hipsters caricaturaux. Ils ont un côté glam (tu vois), genre cheveux longs sales (tu vois), et en fait c'est trop la négation de Bowie et T Rex (genre), parce qu'en fait, ils en ont trop rien à foutre (tu vois). Disons que quand on ferme les yeux ils sont à peu près écoutables, surtout les morceaux un peu pop. Sinon ils ont un peu une tendance au gros son (c'est genre sombre, tu vois) et aux paroles ineptes.

The Munroes

Le reste de la soirée était plutôt sympa. JD Smith est un anglais qui fait du rockabilly, ce qui est assez original en soi. Sa musique par contre est tout sauf originale (on a vraiment l'impression d'être au fin fond du Tenessee à écouter un de ses cousins d'il y a cinquante ans), mais très bonne, quand on aime la country! Surtout dans l'ambiance de petit pub avec des piliers de bar qui essaient de vous faire la conversation et des serveuses qui se font gentiment draguer par tous les clients.

JD Smith

The early swerve est d'un tout autre genre, un peu gypsy, un peu folk, un peu répétitif aussi, mais là encore très dansant et très agréable à écouter. Le chanteur se débrouille vraiment bien, soutenu par des choristes à tambourin et par un bon batteur.

The early swerve

Attack switch attack est par contre un peu relou, malgré le charisme indéniable du chanteur. Ce n'est pas en s'énervant sur une batterie qu'on obtient de la puissance. Ils ont un bon potentiel, mais il faudrait qu'ils arrêtent de se contenter de poser et qu'ils réfléchissent un peu plus à leur musique.

Attack switch attack

Je n'ai vu que le début de Somebody's Mind, vie de banlieusarde oblige (le dernier traiiiiiin!)

Somebody's Mind

lundi 14 janvier 2008

L'année 1967


En avril 1968, quelques temps avant le mois d'après (notez la logique poétique qui m'anime aujourd'hui), un éditorialiste écrivait, dans le Monde: "La France s'ennuie". Oui, la jeunesse gaullienne finissait par s'emmerder, et par avoir envie de lancer des pavés.

Jeune homme bien né, reçu à l'Ecole Centrale, Antoine devait bien s'ennuyer, lui aussi, et la perspective d'une carrière lisse d'ingénieur-fils-à-papa n'était pas pour le réjouir. Alors, en cette année 1967, fraîchement diplômé, il se lance dans la chanson. La France d'alors est hystérisée par les Beatles, auxquels il fallait bien songer à trouver un contre-poids cocorico. On pourra toujour se gausser, aujourd'hui, des "Oh yé!" d'Antoine, et le moquer d'avoir été la caution djeuns d'une année morne. Le yéyé, une bête tentative d'exporter le rock'n'roll, et juste une musique à faire se dandiner les petites bourgeoises déniaisées dans les surboums sans alcools?

Réécoutant les Élucubrations, je les trouve d'une poésie et d'une justesse d'actualité. La pilule dans les Monoprix et Johnny Hallyday en cage? Ça me parle. J'aimerais entendre ça dans la chanson française contemporaine, au lieu des susurations niaises de la pute du président.

Petit morceau que j'aime beaucoup:
"Le juge a dit à Jules vous avez tué
Oui j'ai tué ma femme, pourtant je l'aimais,
Le juge a dit à Jules vous aurez vingt ans,
Jules a dit quand on aime on a toujours vingt ans."



Antoine est depuis parti tout seul sur son bateau, et revient de temps en temps faire une pub pour une chaîne d'opticiens quand il a besoin d'un peu de tune pour continuer à naviguer. Après tout, pourquoi pas. Bon vent!

antoine.tv

jeudi 10 janvier 2008

Kill Kill Kill

Nous attendions depuis longtempts des nouvelles des Kills; ils viennent de sortir un nouveau single, "U.R.A. Fever", en attendant leur troisième album en mars.

On y retrouve ce qui fait leur univers: un ryhtme très marqué, très angoissé, des voix rauques, un goût pour la répétition à l'infini des mêmes motifs; une tension adolescente, des corps anorexiques, du rock à l'état pur. Pourtant, quelque chose me dérange en écoutant ce nouveau titre. Si leur premier album pouvait paraître à certains trop épuré, le deuxième avait trouvé un équilibre, une maturité; ici, la musique est au contraire gâchée par des petites fioritures, un scratch électro, un jeu à deux voix, une vidéo pas très convaincante. Plus grand chose à voir, selon moi, avec l'obstination suicidaire de "Ticket man", qui avait clos leur dernier album. C'est comme si la mise en scène tendait à remplacer la vraie noirceur: l'angoisse devient une pose, comme un ado fringué en gothique.



La chanson n'est cependant pas à jeter, elle éveille simplement des doutes; mais attendons l'album et la tournée.

dimanche 6 janvier 2008

Ode aux pingouins

J'aime les pingouins.

D'abord, il y a les pingouins d'ordinateur. Le logiciel libre, c'est formidable, et si vous n'avez pas encore Linux, il est temps de vous y mettre. J'ai parfois l'impression qu'en ces temps où être de gauche, bah franchement, c'est dur, le freeware constitue une nouvelle utopie sociale, un univers riche de possibilités, pour le meilleur. Les pingouins, et non les éléphants, sauveront le PS.



Il y a aussi les pingouins livres. Le livre de poche, c'est vraiment formidable, ça, aussi. Grâce aux pingouins, la culture s'est beaucoup démocratisée. Et aujourd'hui il y a les pingouins verts à deux pounds, en papier recyclé. Ce sont vraiment des animaux formidables.





Enfin, il y a les pingouins biscuits. "P...P....Pick up a penguin!" Je ne sais pas comment j'aurais survécu à mes longues heures dans la bibliothèque sans les penguin biscuits, pleins de chocolat et avec des blagues stupides sur l'emballage, l'équivalent anglais de nos blagues carambar. Grâce aux pingouins, je n'ai pas eu faim.

Les pingouins vont sauver la gauche, vont sauver la littérature, vont sauver de l'hypoglycémie.

Et les pingouins, pourtant, sont des victimes de la cruauté des hommes. En témoigne cette chanson qui a représenté la France à l'Eurovision en 1980. C'est sur eux. C'est de la musique de patinoire. C'est triste, même pas drôle.



Au nom de tous, je voudrais demander pardon à nos amis les pingouins pour cette infamie.