On me dira, la culture hip-hop est elle aussi fondamentalement commerciale. Certes, mais la déification de l'argent présentée dans le rap, par exemple, m'apparaît moins comme une soumission aux valeurs dominantes, que comme leur renversement: on pousse la logique à l'extrême pour montrer son absurdité, dans un procédé rhétorique hyper classique. Je ne suis pas convaincue qu'il faille, comme le fait I am sur son dernier album, taxer tout cela de "rap de droite" (très bonne chanson au demeurant). Ce qui est éventuellement dangereux ce sont les interprétations trop premier degré de certaines chansons (et c'est sûr que les ados qui écoutent ça sont portés sur le premier degré, d'où le risque); mais personnellement une chanson comme "Candy shop" de 50cent me fait beaucoup rire malgré son machisme revendiqué. Ca rappelle un peu "Les sucettes" de Gainsbourg...
Bref, penchons-nous sur cette chanson de McFrontalot:
McFrontalot - Rhyme of the Niebelung
La culture populaire rencontre la culture bourgeoise, se sent exclue, puis la pénètre en dépassant sa dimension sociale, l'adapte à sa propre grille de lecture, et enfin la renvoie à son pédantisme par un brillant essai musical... Bourdieu n'y croirait pas (avec lui, on s'arrêtera à: l'ouvrier ne va pas à l'opéra de toute façon, il n'ose pas), mais bon, chacun sait qu'il a mal compris Kant et que oui, malgré tout, le jugement esthétique est universel et sans concept, même si les riches prétendent qu'il n'aiment pas Johnny Hallyday et que les pauvres prétendent qu'ils n'aiment pas Mozart. Bref, le beau nous fédère, tous les hommes sont frères (check la rime) et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Yo.
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