mercredi 3 octobre 2007

He's lost control


Il y a eu peu de bonnes choses en films autour de la musique ces derniers temps (du très moyen Joe Strummer, the future is unwritten au très mauvais Made in Jamaica, et je ne parlerai pas de Dig), et Control d'Anton Corbjin, vient un peu relever le niveau. Mais qu'on ne s'y trompe pas: même si c'est une biographie de Ian Curtis, ce n'est pas à strictement parler un film "musical" (d'où la très longue et lourde paraphrase au début de cet article).

Control ressemble d'abord à une biopic classique (film-musical-à-performance-d'acteur-pour-les-oscars) et même un peu maladroite, retraçant de manière parfois trop démonstrative les grands moments de la vie du leader de Joy Division, découvertes musicales, prises de drogue et premiers textes. Mais ce qui frappe d'emblée dans tout ça, c'est qu'Anton Corbjin ne cherche pas à dégager l'exceptionnalité de son personnage; il se contente de dépeindre une adolescence assez banale - et nous épargne par la même occasion les poncifs de ce qui est censé être "l'esprit rock'n'roll" (excès, excès et excès, et puis le succès et ses drames of course) dans l'imagerie publicitaire actuelle.

Ce qui se dégage progressivement, c'est donc une histoire courante, initéressante même, celle d'un homme pris entre deux femmes et un peu paumé, puis beaucoup, avec la fin que l'on sait. Bref, ça arrive tout le temps près de chez vous. Sauf que Ian Curtis, lui, chante, et que c'est dans ces moments là que s'exprime son drame. Contrairement à la mauvaise habitude américaine, dans les biopics récentes, de faire chanter des acteurs au lieu de les faire doubler par le vrai chanteur dont il est question (voir les films sur Ray Charles et Johnny Cash, ah la performance d'acteur!!), Corbjin a l'intelligence (la décence, tout simplement) de nous faire entendre le vrai de vrai Joy Division, et putain qu'est-ce que c'est beau. Et Sam Riley donne corps à toute la tension exprimée, par ses airs de pantin possédé et magnifique.

Bref, ce que Control vient nous rappler, c'est qu'avant d'être une icône du rock, Ian Curtis est une icône romantique. Et l'on terminera par cette conclusion hautement philosophique: Joy Division c'est quand même plus proche de Brahms que de Coldplay.

PS: Ce qui m'énerve chez Nouvelle Vague, même si ils font de la très bonne musique, c'est qu'ils passent complètement à côté de la dimension werthérienne de la new wave... Le bossa nova, c'est sympa (beau, même), mais ça transforme du drame romantique en easy-listening pour bobo. Ok, j'exagère un peu, et j'aime beaucoup leur reprise de "Guns of Brixton", beaucoup plus de tension que dans l'original - mais ça doit être parce que je n'aime pas The Clash.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Bon, bon...
La question fondamentale, selon moi, c'est : pourquoi "Control" est-il censé être un film sur Ian Curtis? Ou, plus exactement, est-ce qu'on gagne à la compréhension de Joy Division et de son chanteur en allant voir ce film?
Le fait est que ce film a été co-produit par la veuve Curtis, et qu'il est basé sur le livre qu'elle a écrit. D'où l'impression relativement désagréable que toute l'histoire artistique, esthétique, voire pathologique du chanteur a pour fondement ses difficultés de couple. Tiens, tiens, je me fais chier avec ma meuf, si j'faisais une chanson qui s'appellerait "Love Will Tear Us Apart"?
Peut-être que je suis naïve, que je cherche trop le génie transcendant toute vie terre-à-terre en Curtis, mais je trouve qu'une telle présentation de la création est un peu courte... Je ne dis pas qu'il faut abstraire tout processus créatif de la vie affective du créateur, je dis juste que ce n'est sûrement pas le fin mot de l'histoire (qui, à mon sens, est nettement plus la dépression économique de la fin des années 1970 au Royaume-Uni, qui pose le climat d'insatisfaction et d'angoisse qui est à la base de tous les mouvements violents, contestataires, "sombres", depuis le punk.)
"Control" est un très bon film, mais ce n'est pas un film sur Ian Curtis. D'ailleurs, ce n'est même pas vraiment un film sur la musique. Car s'il l'était, comment quiconque aurait pu se permettre de foutre une reprise de "Shadowplay" par les Killers (!) en générique de fin? (sans rancune)

Anonyme a dit…

Bah, bah...
L'auteur de ces lignes tient tout d'abord à proclamer sa totale indépendance intellectuelle vis-à-vis d'une certaine ressortissante tchèque dont je tairai le nom et qui s'improvise critique musical/cinématographique (sans rancune) :)

Alors, Control:
Control, c'est bien. C'est un très bon film. Mais de toute évidence, ce n'est pas un film sur Ian Curtis. C'est un excellent film sur un jeune homme, ado (ça a son importance) qui fait les choses trop tôt, complètement dépassé non pas par les événements du succès, mais par sa propre impulsivité. Control, du début à la fin, c'est un raptus: nous avons-là un jeune homme (dont le film cherche peut-être à expliquer certaines de ses pathologies par la prise abusive de médicaments à visée pas très thérapeutique pendant une adolescence baignant dans un climat très seventies extrêmement bien rendu, par l'esthétique comme par l'esprit, et le noir et blanc, artifice de triche "artistique" s'il en est, y est pour quelque chose -en effet, un caca en couleur, c'est un caca, un caca en noir et blanc, c'est quand même un plus joli caca) qui ne réfléchit pas , enfin, qui réfléchit peut-être beaucoup, mais pas au bon endroit ni au bon moment: ça va du "let's get married" à la pendaison 10 minutes après réveil d'une crise d'épilepsie comateuse, en passant par "let's have a baby". Ce film semble mettre cette soudaineté généralisée (dans l'écriture des chansons comme dans les actes) sur le compte du fameux Génie artistique, qui a bon dos. En outre, en effet, c'est un film très unilatéral, très subjectif et revendiqué comme tel, sûrement très fictionnalisé et romanisé tout simplement. Et pis d'abord, pourquoi y-z'ont mis Pete Doherty (trop sexe, même avec une coupe de cheveux qui devrait l'envoyer en prison, mais bon, on est en 1979) pour jouer un Ian Curtis très dyonisiaque, mais en réalité franchement surpassable comme sex-symbol?
Parce qu'en fait, tout ça, on s'en fout. Ce film est génial précisément parce qu'on n'a pas Ian Curtis devant les yeux, mais juste un mec. Et ce mec, c'est n'importe qui, avec ses problèmes, ses nanas, ses questionnements/errements/tâtonnements et encore un tas de trucs qui finissent en -ments. C'est un film qui m'a fichu un malaise, parce qu'en étant très elliptique, il est aussi très impersonnel - et donc complètement UNIVERSEL. Un film vrai, sur la vraie nature humaine, et la vraie vie des vraies gens. Et donc, que le héros s'appelle Ian Curtis ou Bernard Cacatoès, on s'en fiche. C'est un peu un film dont vous êtes le héros...

PS: d'accord, la forte identification que j'ai ressentie est très adolescente, et il est facile de tirer des conclusions du style "si tu crois que ta vie est comme ça, soit tu as un égo démesuré, soit c'est le cas, mais il ne faudrait pas croire que c'est comme ça pour tout le monde". En tout cas, moi ça me parle et c'est un film que j'ai vu au bon moment et qui m'a retourné.

Jewish Jack

Chloé Marisis a dit…

Chers Fifi et Jackounet,

D'abord une chose: effectivement, Control n'est pas un film musical. C'est plus un film sur la création artistique.

Par ailleurs, Fishk, on ne peut jamais attendre d'une biographie qu'elle soit tout à fait objective et exacte. Certes, on a ici la vision de sa veuve, et la manière dont "Love will tear us apart" a été casé dans le film m'a énervée aussi. C'est ce que je visais quand je disais que le film est parfois trop démonstratif et explicatif. Ceci dit, je maintien que là où le film trouve sa force, c'est que les moments ou Ian Curtis chantent demeurent des moments de surprise, puisque malgré tous les éléments qu'on nous donne sur sa vie, ses problèmes, sa maladie, rien ne suffit à expliquer cette musique là. Et je pense que du coup, on touche au je-ne-sais-quoi de l'esthétique de Ian Curtis. C'est en celà que le parti pris même du film est très romantique, dans sa manière de vouloir approcher au plus près les raisons d'un art pour montrer au final qu'on ne peut pas y toucher tout à fait.

Quand au rôle de la dépression économique dans le côté sombre de la new wave, je ne sais pas. Il y a certes une dimension presque célinienne dans la musique de Joy Division (qui transparaît aussi par le choix du nom du groupe), et celà renvoie à un certain "mal du siècle" rejoué (le romantisme, encore), mais je ne pense pas que celà soit l'élément fondamental. Le côté "couvercle de la cocotte en fonte qui se referme sur toi" de la new wave vient à mon avis plutôt du temps dégueulasse qu'il fait dans ce pays (but I'm biased).

Et pour les Killers, désolée, j'avais pas remarqué!

Allez tchussi les enfants.

Anonyme a dit…

amen

Chloé Marisis a dit…

Cher mouton,

N'exagérons rien.

Chloé