jeudi 8 novembre 2007

Un clip de 130 minutes?

En réalité, ce n'est pas vendu comme un clip: c'est ce qu'on appelle du cinéma expérimental. Matthew Barney, compagnon de Björk, met en scène son couple (sur une musique de Madame) dans Drawing Restraint 9, étrange objet à la fois surréaliste, kitsch, un peu gore, et terriblement art moderne. Cela se passe sur un baleinier japonais, le ciel est bleu et le navire est blanc... Deux étranges personnages montent à bord, destinés à s'aimer et à se déchirer (au sens propre, c'est la partie gore). Pendant plus de deux heures, Barney utilise le même procédé de montage, des séquences séparés dont les plans respectifs sont mélangés sans jamais créer de rapprochement explicite. On se doute qu'il y a plein d'éléments symboliques là-dedans, mais le commun des mortels passe à côté et ne se console guère avec des images trop léchées, qui sans doute révèlent la réflexion de l'auteur sur un cinéma mainstream qu'il veut refléter pour mieux s'en éloigner, mais qui ont aussi le don de fatiguer un peu. Le film reste extrêmement intéressant, dans sa tentative justement de demeurer elliptique dans son axe paradigmatique, tout en voulant coller à une syntaxe déjà vue, connue et critiquée (montage eisensteinien détourné et image à la clarté poussée à l'extrême). La musique de Björk, toute en lenteur jamais lascive, toujours répétitive, en est l'exact accompagnement. A ne surtout pas écouter sans le film, donc: ça vous ferait vraiment détester la petite Islandaise.

Une autre de ses collaborations à l'art contemporain m'a d'ailleurs beaucoup marquée: une série de diapos de Nan Goldin, Heart Beat. Le chant de Björk, longue messe déchirante, lie les photos entre elles et fait ressortir la beauté, et l'amour, au-delà de l'érotisme parfois cru des images. La tendresse et le sacré, c'est ça qu'il manque trop souvent à la pornographie!

En conclusion, Björk, c'est mieux avec les images... Parce que le son tout seul, parfois, on s'y perd un peu.

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