
L'équipe n'est pas tout à fait au complet, puisque la chanteuse Camille, qui prêtait sa voix à quelques chansons, ne s'est pas déplacée. Phoebe assure la première partie avec son propre groupe et ne reviendra que pour "Bela Lugosi's Dead". Les deux voix de la soirée sont donc Mélanie et Marina, qui joueront la brune et la blonde.
Pour légitimer le live, qui a priori ne convient guère à ce genre de musique très ambiance, le groupe devient plus rock'n'roll, avec une batterie beaucoup plus marquée, s'éloignant ainsi de son esprit bossa nova. Du coup, les reprises perdent un peu de leur pertinence, certaines devenant simplement de pâles copies de l'original.
"Everytime I see you falling", de New Order, est ainsi transformé en pop gentillette, trop court, trop prétentieux. Il s'agit ici, semble-t-il, de débeaufiser une musique qui sonne trop club, trop disco, pour les bobos
d'aujourd'hui; mais on n'obtient rien d'intéressant."God Save The Queen", repris des Sex Pistols, enthousiasme les sages étudiants qui composent le gros du public. Même reine, autres perspectives, ici celà se termine en berceuse, et ce "no future" n'est qu'un cri de ralliement entre branchés. C'est finalement tout aussi déprimant que les Ramones sur des T-Shirts Zadig&Voltaire. Et pourtant, je n'adore ni les Sex Pistols, ni les Ramones, mais la manière dont ils sont aujourd'hui exploités a quand même le don de m'énerver.
"Bela Lugosi's Dead" est un des meilleurs moments du concert. La voix superbe de Phoebe Killdeer et son air de Siouxsie insufflent à la chanson de Bauhaus ce gothique essentiel, sans tomber tout à fait dans le kitsch; c'est du glam, Phoebe l'a compris, et il y a de quoi se donner corps et âme dans ces incantations.
"Guns of Brixton" souffre de l'absence de Camille, et la voix un peu faiblarde de Mélanie peine à lui donner une force suffisante, alors que, sur l'album, la chanson trouvait une violence, enfin, qui la rendait belle et pas simplement jolie.
On s'y attendait, "Love Will Tear Us Appart" clôt le spectacle. Oh, c'est triste, mais on va vous rendre ça supportable par ces petites percussions sympas, et on va vous faire chanter comme dans une chorale, et après ce sera l'heure d'aller dormir.
Ce que Nouvelle Vague reprend, ce sont des hymnes symboliques beaucoup plus que des chansons. Le groupe ne s'intéresse pas à ce que la musique véhicule en elle-même, et aux manières de le transposer dans une autre époque ou dans un autre genre, mais à des mélodies qui, commercialement, sont associés à une "scène", à un "esprit", qu'en même temps on renie, parce qu'aujourd'hui, tout le monde il est gentil. Un groupe non-violent et qui ne fait de mal à personne, un groupe par ailleurs extrêmement talentueux, dont l'entreprise, réussie, consiste, d'une part, à enlever le côté popu, d'autre part, à contourner le côté désespéré, de chansons bien choisies dont il pompe l'énergie sans la transmuter.
Rien à dire, mais encore envie de vivre. Zeitgeist.
Au fond, j'apprécie le concert, les effets de scène sont amusants, les chorégraphies travaillées, la musique est jolie. Mais, si Bela Lugosi's Dead, je crois encore que, Hey hey, my my...
A propos de Bauhaus, ils ne sont pas morts non, et j'ai eu beaucoup de plaisir à écouter leur dernier album (le premier depuis 1983, et probablement le der des der). Ils ne se sont pas modernisés et prouvent que le désespoir contenu de la new wave et le mysticisme du gothique ont encore un sens. Sortie le 3 mars.
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